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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/420

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de guerre de 100,000 piastres (500,000 francs), le directeur des plantations demanda trois jours pour en référer à Lima et se procurer l’argent. Le colonel Lynch y consentit, mais ajouta qu’en cas de refus, il détruirait les usines. A l’expiration de ce terme, le directeur lui communiqua un décret du dictateur Pierola, portant que le paiement de toute somme d’argent à l’ennemi serait considéré et puni comme acte de haute trahison, et que tout domaine dont le propriétaire aurait obtempéré aux injonctions des envahisseurs serait confisqué au profit de l’état.

Au reçu de cette communication, le colonel Lych, décidé à briser toute résistance et à imposer par la terreur, donna ordre de procéder à l’œuvre de destruction. A l’aide de la poudre et de la dynamite, on fit sauter les constructions, la voie ferrée fut détruite, les récoltes sur pied incendiées, les arbres à fruits coupés ; on confisqua les chevaux et les mules, et l’on fit embarquer à bord des transports tout ce que l’on trouva de riz, de sucre et d’approvisionnemens. Ces belles propriétés, dont la valeur dépassait 10 millions de francs, furent anéanties, et les Chinois qui les cultivaient durent suivre l’armée comme guides et porteurs. De retour à Chimbote, le colonel Lynch fit incendier la douane, la station du chemin de fer, le quai et mit à la voile pour le port de Supe, où on lui avait signalé des débarquemens d’armes et de munitions. Il y confisqua, en effet, trois cents caisses de cartouches, qu’il fit sauter, faute de moyen de transport, détruisit les plantations environnantes et reprit la mer pour se porter au-devant d’un vapeur dont les dépêches capturées à Chimbote annonçaient l’arrivée prochaine dans ce port avec un important chargement pour le gouvernement péruvien. Le 18 septembre, en effet, il abordait et capturait le vapeur Islai, venant de Panama et ayant à son bord 7,290,000 piastres en papier-monnaie du Pérou. Après cette importante capture, la colonel Lynch, remontant au nord, vint mouiller à Payta, à laquelle il imposa une lourde contribution de guerre. Sur le refus de paiement, il fit incendier la douane et les édifices publics. Le 26 septembre, Eten eut le même sort.

Ces actes terribles paralysèrent toute résistance. Les détachemens qui parcoururent successivement la province de Lambayeque et celle de Libertad purent percevoir sans difficulté les contributions de guerre imposées par le commandant de la colonne expéditionnaire. Le 1er novembre, le colonel Lynch ralliait le port de Quilca et peu après Pisco, où était concentrée l’armée chilienne.

En moins de deux mois il avait parcouru sans rencontrer aucune résistance sérieuse près de cent lieues de côtes, envahi les plus riches provinces du Pérou, semé partout la terreur et la ruine ; il