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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/408

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d’orgueil de M. Gambetta nous ont valu l’une des plus longues et des plus profondes agitations de ce siècle. Nous en subirons longtemps les conséquences.

Le 16 mai n’a profité ni aux idées ni aux intérêts de ceux qui ne craignirent pas de l’accomplir. L’histoire des huit dernières années nous dit assez que la république n’en a pas bénéficié. Il ne pouvait servir qu’à favoriser les desseins de M. Gambetta. Agitateur quand même, ce n’est que par l’agitation qu’il pouvait arriver à son but, c’est-à-dire au pouvoir. Le lendemain du 14 octobre, il crut qu’il le tenait. M. Thiers était mort ; M. Jules Simon avait perdu la faveur républicaine ; M. Dufaure vieillissait ; M. Jules Grévy, qui bientôt allait succéder à M. le maréchal de Mac Mahon, s’annonçait comme un président honoraire à l’ombre duquel s’exercerait la présidence effective qui ne pouvait écheoir qu’à M. Gambetta. Les ministres ne s’appelleraient plus Dufaure ou Jules Simon ; ils ne pourraient ni penser, ni parler, ni agir, ni vivre sans la permission de M. Gambetta. Alors commence cette période, l’une des plus tristes et des plus médiocres de notre histoire, durant laquelle nous avons vu M. Gambetta, de son trône présidentiel, élever une série de ministres pour les abattre six mois après, bouleverser l’administration dans toutes ses branches, déclarer la guerre à la magistrature et chercher à la déshonorer, déchaîner contre le clergé séculier, les congrégations religieuses, toutes les consciences catholiques, des passions qui ne sont pas encore assouvies ; s’affilier à des associations, à des sectes, à des corporations qui, dans la France entière, propagent son nom et font valoir ses titres à gouverner la république ; faire tout concourir à sa frénésie ambitieuse, la lâcheté des uns, la corruption des autres, la bassesse du plus grand nombre ; tout,.. excepté ce que conseillent l’honneur, la probité, la vertu. Dans ces années de 1879 à 1881, ce n’est pas le révolutionnaire qui siège, irresponsable, à la présidence de la chambre des députés ; ce n’est pas l’opportuniste ; c’est le jouisseur qui attend, avec un mépris tranquille de tout, ce qui l’environne, la succession, qu’au besoin il hâtera par une agitation nouvelle, du président Grévy.

Tandis qu’à la présidence il regardait passer les jours, la France et ses représentans l’avaient observé. Il n’avait pas voulu mériter le pouvoir comme une récompense : on le lui imposa comme un châtiment. Sommé d’être ministre, il s’exécute, et aussitôt se découvrent à tous les yeux l’indécision de son esprit, l’irrésolution de son caractère, les défaillances de son cœur.

Au milieu des erreurs du temps présent, nous avons dû rappeler à ceux qui exploitent le nom, devenu presque légendaire, de M. Gambetta, l’histoire contemporaine. Nous avons déposé d’après