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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/39

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moindre qu’un prince du sang royal, le prince de Conti, dont la valeur s’était signalée dans la campagne de Bavière : mais une escadre française avait reçu en même temps l’ordre de quitter Toulon pour se joindre à la marine espagnole et faire tête avec elle à l’amiral anglais Mathews, qui croisait sur les côtes du royaume de Naples depuis l’été précédent. Un engagement eut lieu le 22 février entre les marines rivales, et, bien que l’escadre française, n’ayant pas l’ordre précis d’attaquer, n’eût pas pris de part directe à la lutte, sa seule présence, encourageant son alliée et intimidant la flotte anglaise, força l’amiral Mathews à se retirer après quelques heures de combat et à délivrer ainsi momentanément le rivage italien de son inquiétant voisinage.

Cet acte d’hostilité, pourtant assez significatif, n’aurait peut-être pas encore suffi pour mettre un terme, entre les deux cours de France et d’Angleterre, à l’état de relations équivoques que la bataille même de Dettingue n’avait pas fait cesser. Mais un incident, imprévu du gouvernement français lui-même, vint mettre tout à fait le feu aux poudres. C’était le débarquement, sur les côtes de Provence, de Charles-Edouard Stuart, fils aîné du prétendant à la couronne britannique, de celui que Louis XIV avait fait autrefois la déplorable imprudence de saluer du nom de Jacques III. Depuis la paix d’Utrecht, toute l’Europe, y compris la France, et sauf le saint-siège, ayant reconnu la royauté protestante en Angleterre, l’héritier de la famille déchue vivait retiré à Rome, dans une condition modeste, entouré d’un petit cercle de fidèles et élevant avec soin ses deux fils, dont l’aîné paraissait doué de qualités brillantes et brûlait, dès son enfance, de se distinguer par quelque action d’éclat. Mais toutes les démarches de la famille étaient surveillées de près par ceux qui avaient intérêt à l’empêcher de troubler de nouveau la paix européenne, en particulier par les agens de l’Autriche, devenue la meilleure amie des rois électeurs de la Grande-Bretagne. Ce fut donc en cachette et nuitamment, après être sorti de Rome sous le prétexte d’une partie de chasse, que le prince Charles-Edouard se mit en route, vers la fin de janvier, sans prévenir personne. Il réussit, sous un déguisement, à traverser les provinces occupées par les troupes allemandes et vint prendre la mer à Livourne. Quand son départ fut connu, on supposa d’abord qu’il allait s’enrôler dans l’armée espagnole sous les drapeaux de l’infant Philippe ; mais on sut bientôt qu’il s’était fait mettre à terre à Antibes, et il fut clair qu’il venait offrir au gouvernement français ses services pour tenter en Angleterre une contre-révolution contre la maison de Brunswick. On se souvint alors que le ministre Tencin, pendant son séjour à Rome, avait vécu en