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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/347

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faudrait pas demander à celles de Théodose, qui étaient une cohue de barbares et n’étaient pas une armée.

Son droit survécut à l’invasion et dépassa les anciennes frontières de l’empire ; les rois barbares le laissèrent à leurs sujets comme loi personnelle ; l’Allemagne lui garde encore une valeur juridique et il a inspiré beaucoup de nos lois.

Ses jurisconsultes ont posé les réels fondemens de la justice et de la morale sociales lorsqu’ils ont mis en tête de leurs livres cette définition du droit par Celsus : Jus est ars boni et œqui, ou les trois préceptes d’Ulpien : Honeste viverei alterum non lœdere, suum cuique tribuere. Ils ont pris en main la cause des faibles, donné des droits à ceux qui n’en avaient pas, flétri quinze siècles avant nous la torture et déclaré l’esclavage un état contraire à la loi naturelle.

Son régime municipal, qui nous a transmis des règles administratives encore appliquées, a duré plus longtemps qu’on ne pense. Les consuls de Marseille, Arles, Nîmes, Narbonne, Toulouse, Périgueux, etc., étaient les héritiers des duumvirs, qui, eux-mêmes, avaient pris le nom et les insignes des consuls de Rome. Et n’y a-t-il rien de commun, pas même un lointain souvenir, entre les états de nos provinces du Midi au moyen âge et les assemblées provinciales, dont nous suivons l’existence des premiers aux derniers jours de l’empire ? Une de nos récentes lois, qui autorise plusieurs départemens à se concerter en vue d’un intérêt commun, se trouve au code Théodosien. Par une heureuse inconséquence, c’est de l’amas de ruines faites par le despotisme que sont sorties quelques-unes de nos idées de justice sociale et peut-être nos premières libertés.

Nous ne pouvons revenir à la constitution de la famille ni à celle de la cité telles qu’elles existaient chez les Romains. La cité des premiers siècles de l’empire était encore une république et la famille un royaume que le père, prêtre pour tous les siens, par les sacra privata, gouvernait absolument. Mais que d’exemples de dévoûment patriotique, d’obéissance à la loi, de généreuses libéralités envers les concitoyens, on trouve dans l’histoire de leur régime municipal, et comme la famille était forte, le père respecté ! Certaines vertus qui diminuent de nos jours pourraient se ranimer au foyer de ce vieux peuple.

L’étendue de la domination romaine, l’esprit que la philosophie grecque y avait répandu et le mouvement monothéiste qui entraînait les intelligences éclairées ont facilité la propagande chrétienne. Les premières communautés de fidèles ont vécu à l’abri de la loi sur les collèges funéraires, et l’église s’est servie du moule