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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/339

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et le pauvre fut enfermé dans son humble condition par la loi politique, qui lui interdit les honneurs municipaux, par la loi pénale, qui lui réserva des supplices que le riche ne subissait pas. Quoique l’édit de Caracalla parût établir l’égalité entre tous les Romains, la plus grande partie des habitans de l’empire continua de former la classe déshéritée des humiliores.

Mais quelques-uns de ceux qui achetaient les dignités municipales entendaient se ménager des compensations. Les abus qui s’étaient produits à Rome, quand l’oligarchie avait eu le pouvoir, se renouvelèrent dans les villes : l’empire eut ses Verres municipaux, comme en eurent nos communes du moyen âge et les villes libres de l’Allemagne, comme l’Irlande en avait encore, il n’y a pas longtemps. Les uns commettaient des malversations ; d’autres s’allouaient des indemnités prises sur les fonds de la commune, malgré le caractère absolument gratuit des fonctions municipales ; et cet usage était ancien, car il est interdit par la lex Genetiva Julia, qui est du Ier siècle.

Cette noblesse des villes que séparaient du peuple sa fortune, ses privilèges et son orgueil, provoqua, par sa mauvaise gestion, l’ingérence progressive du gouvernement dans les affaires de la cité. Déjà les Antonins avaient donné à certaines villes des curateurs, afin de remettre l’ordre dans leurs finances dilapidées ; la juridiction municipale fut restreinte, pour soustraire la justice aux passions locales ; des taxes ne purent être établies, des travaux exécutés, qu’avec l’autorisation du légat impérial, et les nominations faites par la curie, les décisions prises par elle furent cassées quand elles déplurent au gouverneur, ambitiosa decreta. Au lieu des fières paroles de la loi Genetiva Julia, qui permettait aux décurions de faire sortir les citoyens en armes, pour la police du territoire, sous la conduite d’un duumvir investi des pouvoirs du tribun légionnaire de Rome, le code renferme des prescriptions qui obligent la curie à soumettre la désignation du gardien de la paix, irenarcha, à l’approbation, c’est-à-dire au choix du magistrat impérial. Les désordres de la liberté avaient rendu la tutelle administrative nécessaire, et celle-ci, exagérant son rôle, changea des cités autrefois vivantes en des corps sans âme. Il faudra que l’empire tombe, et avec lui cette administration tracassière, pour que le régime municipal, comme un tronc robuste qui, après l’orage, pousse des branches nouvelles, retrouve en beaucoup de lieux d’Italie et de France son ancienne vigueur.

Ces villes où, comme à Rome, le forum était pacifié et le sénat docile, parurent à l’autorité centrale pouvoir servir d’utile instrument pour une fonction d’état. Les curiales, qui devaient déjà pourvoir aux travaux publics, aux besoins de la poste impériale, à la