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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/316

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ce monde qui entourait l’Italie, ils devaient aller lui chercher des sujets.

A l’influence géographique il faut ajouter : celle qui vient des instincts héréditaires, si le peuple appartient à un même groupe ethnique ; les traditions qu’il apporte de ses divers lieux d’origine s’il est un mélange de plusieurs tribus ; les réactions de ces divers élémens les uns sur les autres, lesquelles constituent le caractère national ; enfin les circonstances historiques, c’est-à-dire les influences extérieures qui déterminent le cours que prendra sa fortune. Appliquons ces règles au peuple romain.

Les sept collines étaient un camp de refuge tout préparé. Latins, Sabins, Etrusques, émigrans de tous les pays italiotes, s’y rendirent. Comment s’opéra le mélange ? L’histoire traditionnelle le dit, l’histoire positive l’entrevoit à travers les ombres de l’âge légendaire. Cependant c’est dans la période royale, terminée par le règne éclatant d’un Toscan à demi Grec, Tarquin le Superbe, que se précisent les mœurs, la religion, les institutions civiles et politiques du peuple romain. Alors il a déjà deux qualités qui resteront longtemps le fond de son caractère : l’esprit d’ordre et l’esprit de discipline.

Pour faire vivre en paix les étrangers qu’il avait reçus ou subis, il avait eu besoin de déterminer rigoureusement, par un lent travail d’organisation intérieure, les rapports des citoyens entre eux. Ce fut l’œuvre originale de la constitution centuriate. Pour résister aux ennemis qui l’entouraient, il avait dû reconnaître l’omnipotence de l’état et son droit à réclamer, selon ses besoins, le courage, les biens, la vie des citoyens : servitude générale dans l’antiquité gréco-latine, mais nulle part, Lacédémone exceptée, aussi forte qu’à Rome. Dès le temps du roi Servius, cette ville était une immense forteresse et sa population une armée toujours prête à combattre.

Les mœurs de ce Romain des premiers âges sont sévères, économes, laborieuses ; sa religion, celle du paysan courbé sur le sillon, est un culte sans grandeur, comme son esprit est sans idéal, parce que son unique préoccupation est de se défendre et de vivre. Ses dieux sont de petites gens ; ses prières, des demandes intéressées ; ses sacrifices, un marché avec la divinité. Il lui donne à la condition qu’elle rende, et il est toujours prêt à lui dire ce qu’un de ses grands pontifes dira un jour à Jupiter : « Sinon, non. »

Sur le champ de bataille, personne ne l’égale en courage et en ténacité, et, dans la vie ordinaire, tout le fait trembler, l’oiseau qui passe, la souris qui court, le bruit inusité qu’il entend. Cette basse superstition, cette piété sans élan du cœur qui se Rome à réciter des formules et des rituels qu’elle ne comprend pas lui ôte toute