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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/247

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I. ANNÉES DE JEUNESSE. — POÉSIES LYRIQUES.


I

J’ai rencontré naguère, dans le récit d’un voyageur anglais en Amérique, cette anecdote qui illustre d’une manière fort amusante les mœurs de la famille aux États-Unis. La scène se passe dans une ferme d’un état du Nord dont le nom échappe à mon souvenir. C’est un soir d’automne brumeux et froid ; le père de famille rentre de son travail des champs, et comme il ne trouve pas le feu assez ardent, il ordonne à un de ses fils d’aller lui chercher une bûche sous le hangar de la ferme. Le fils sort, mais la soirée se passe sans qu’il reparaisse, puis la journée du lendemain, puis une semaine, puis un mois, puis une année. Enfin, on arrive à ne plus compter le temps, et l’absent est oublié comme toute chose de ce monde s’oublie. Vingt-quatre automnes se succèdent ainsi, mais voilà qu’au vingt-cinquième, comme le père se chauffait encore près de son âtre, il voit entrer son fils perdu, portant sur son épaule une énorme bûche, qu’il dépose dans le foyer en lui disant : « Voilà la bûche que vous m’aviez ordonné d’aller chercher. — Cela est très bien, répond le père, mais il faut avouer que vous y avez mis le temps. »

Cette anecdote me revient obstinément au souvenir au moment