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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/205

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On diffère d’avis sur la question d’Egypte, sur les cruels embarras qu’elle cause à l’Angleterre. Mais il est un point sur lequel tout le monde s’accorde : nous nous intéressons tous à Gordon, à sa généreuse audace ; nous faisons tous des vœux pour son succès ou pour sa délivrance. On ne peut ouvrir un journal sans y chercher de ses nouvelles ; on se demande si, contre toute attente, il a gagné sa gageure, si, du moins, il a réussi à s’échapper vivant de cette souricière où il est alle volontairement s’enfermer. Gordon le Chinois, Gordon-Pacha est une des figures de ce temps, un héros très romantique dans un siècle peu romanesque, un de ces hommes qui parlent aux imaginations et inspirent à ceux mêmes qui n’admirent leurs prouesses que sous bénéfice d’inventaire un étonnement mêlé de sympathie et de respect.

De toutes les entreprises où l’a poussé sa bouillante humeur, et dans lesquelles il s’est jeté à corps perdu, celle qu’il poursuit en ce moment est la plus ingrate. Il ne s’agit pas d’une conquête ni d’une brillante campagne offensive. Comme le disait M. Gladstone à la chambre des communes dans la séance de nuit du 12 février, le général Gordon n’est point chargé de reprendre le Soudan au mahdi, de le ramener sous l’obéissance de l’Egypte. Il est parti pour Khartoum à la seule fin de faire évacuer le pays, de veiller sur la retraite des garnisons égyptiennes et de rendre aux héritiers de petits sultans détrônés.les pouvoirs dont les dépouilla l’occupation étrangère. Il n’y a rien là qui soit conforme à ses goûts, à son humeur. Jusqu’aujourd’hui, c’était dans d’aventureux exploits qu’il avait signalé son courage, dépensé cette surabondance de forces et de vie qui fait sa joie et son tourment. Mais, dans le cas présent, il s’est chargé, tout au contraire, d’un simple