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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/187

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nord ou le sud, elle résulterait naturellement des vents réguliers qui transportent l’air du nord à l’équateur dans les couches basses : ce sont les alizés, et de l’équateur au nord, dans les grandes hauteurs, ce sont les contre-alizés ; ce sont ces derniers qui nous auraient apporté les cendres de Java.

A cette théorie, déjà si probable, il manquait jusqu’à présent une dernière confirmation, la découverte de ces cendres dans l’air ; elle vient d’être faite tout récemment. Lentement, mais fatalement ces poussières devaient être entraînées par les pluies ou par la neige et arriver jusqu’au sol. M. Yung a trouvé le premier des corpuscules dans l’eau de fusion de la neige du mont Salève ; un géologue anglais, M. Macpherson, de présence à Madrid, recueillit dans les mêmes conditions une poudre noire dans laquelle étaient de petits cristaux d’hyperstène caractéristique des cendres de Java. Les mêmes circonstances ont été remarquées partout. Du 18 au 19 décembre, entre Aggen et Lenne, il y eut une chute de neige accompagnée d’une poussière foncée. La Gazette de Cologne rapporte qu’à Cimborn la neige tombée pendant la nuit était recouverte d’une couche noire, une comme de la farine et sous laquelle elle montrait sa blancheur ordinaire. Enfin, à Wageningen, en Hollande, dans la nuit du 13 au 14 décembre, pendant une violente tempête du nord-ouest, on vit tomber une pluie de nature spéciale et extraordinaire qui déposa sur les châssis des fenêtres un sédiment noir. On en fit l’étude au microscope, on y trouva tous les élémens des cendres volcaniques ; on la compara à des cendres provenant du même volcan de Krakatoa conservées au laboratoire du Musée d’agriculture, et l’on n’y vit aucune différence. Cette communication est signée de MM. Beyerinck et van Dam.

Toutes décisives que paraissent ces preuves, quelques personnes persistent à les contester ; elles font remarquer que la présence de ces poussières est aussi favorable à l’hypothèse cosmique qu’à la théorie volcanique ; que, dans les temps ordinaires, une poudre tombée du ciel a été trouvée sur les neiges polaires par M. Nordenskiöld sans qu’on puisse invoquer une éruption. Il y a un dernier argument à leur opposer. Deux fois depuis qu’on observe l’état du ciel, et deux fois seulement, on a observé la prolongation du crépuscule : c’était récemment et cinquante-deux ans auparavant, en 1831. Cette année 1831 fut doublement célèbre ; une île volcanique surgissait au mois de juillet dans la Méditerranée. L’événement était assez curieux et fit assez de bruit pour que le gouvernement français envoyât sur les lieux son meilleur géologue : c’était alors Constant Prévost ; il arriva trop tard, lorsque déjà l’île Julia, qui n’était qu’un amas de cendres, commençait à être démolie par les