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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/159

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de temps, cinq de nos soldats étaient morts de douleurs de côté. » — A peine reçus dans la place, les conquérans n’ont qu’une idée : s’en emparer. Leurs convoitises s’exaspèrent à la vue du faste qui entoure Montézuma et dont Bernal nous fait de mirifiques récits. Ce sont les raffinemens de luxe et d’étiquette d’un sultan d’Orient. L’empereur mangeait seul, servi par les femmes de son harem ; on mettait à contribution toutes les provinces de l’empire pour approvisionner sa table de fruits, de poissons, de gibiers délicats, de chairs d’enfans en bas âge ; sa seule boisson était une mousse de cacao ; on en distribuait de grands pots, avec les reliefs de la table, aux deux cents gardes qui veillaient dans les salles du palais. Après le repas, on lui présentait du tabac dans des tubes de liquidambar ; il se laissait distraire aux chansons et aux danses des ballerines, des bouffons et des bateleurs. Un intendant-général tenait ses livres de comptes, de grands tableaux peints sur toile et représentant les jardins, les viviers, les bains, les parcs réservés à la chasse dans la campagne de Mexico. Diaz visita la Maison des fauves, où l’on entretenait des tigres, des jaguars, des pumas ; la Maison des serpens, où l’on gardait des corbeilles de vipères et de crotales à sonnettes, nourris avec les corps des Indiens sacrifiés ; la Maison des oiseaux, où l’on élevait toutes les brillantes espèces du tropique, pour fournir des plumes aux brodeuses ; les Mexicains estimaient par-dessus tout les dessins en plumage sur les étoffes et les armures. Il y avait dans la ville tout un quartier de ces brodeuses et tisseuses ; un de joailliers et de lapidaires, aussi habiles dans leur art, nous dit Bernal, que les meilleurs orfèvres d’Espagne ; quant aux sculpteurs et aux peintres, notre chroniqueur compare les plus fameux à son compatriote Berruguète. Un autre quartier était peuplé par les armuriers de la cour, un par les baladins, acrobates et danseurs. Le pieux Montézuma se rendait fréquemment au grand temple, élevé sur une pyramide de 114 degrés ; là il adorait les dieux Huichilobos et Tezcatepuca, idoles monstrueuses, revêtues d’or et de pierreries ; devant ces idoles, sur des trépieds, brûlaient dans l’essence de copal les cœurs des victimes humaines. Sur le faîte du temple, des instrumens de musique rendaient au vent des sons douloureux ; on entendait toute la nuit « le bruit épouvantable et triste du grand tambour de Huichilobos pendant les sacrifices. » De ce sommet on dominait toute la ville ; « et parmi nous il y avait des soldats qui, ayant été en beaucoup d’endroits du monde, et à Constantinople, et dans toute l’Italie et à Rome, dirent que place si bien alignée et ordonnée, de telle dimension et de si nombreux peuple, ils ne l’avaient oncques vue. »

Le trop confiant Montézuma avait précisément logé ses hôtes