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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/156

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contre Montézuma. Cortez entre dans la ville, les caciques lui offrent de l’or, des roses et des jeunes filles. Ici encore le chroniqueur raconte longuement la belle défense de ses compagnons, qui exigeaient, avant d’accepter ce don gracieux, la conversion préalable des idolâtres ; il faut lire l’étrange sermon prononcé par doña Marina sur les matières de foi. Néanmoins, le prosélytisme défaillit devant l’émotion de cette ville populeuse ; fray Bartolomé, plus sage que les laïques, conseilla de différer ; on se contenta de baptiser les jeunes Tlascaltèques, avant de les distribuer aux soldats chrétiens, et d’ériger une croix dans le temple en y tolérant le voisinage des idoles. Grossie par le contingent de ses nouveaux alliés, l’armée descend dans la vallée de Mexico. A ce moment, l’audace et l’esprit d’aventure débordant dans les cœurs de ces hommes inspirèrent à l’un d’eux un trait de curiosité qui confondit l’âme superstitieuse des indigènes ; comme l’armée contournait le volcan Popocatepetl, alors en pleine éruption, un soldat, Diego de Ordas, s’élance et gravit les pentes de lave, malgré les cris des Indiens. Il arrive au bord du cratère, au sommet du géant américain, plus élevé de 3,000 pieds que notre Mont-Blanc ; de là, à travers le voile de flamme et de fumée, les yeux d’un blanc jettent leur premier regard sur la belle vallée centrale du continent : Diego aperçoit les lacs, les nombreuses cités, les riches cultures, et, miroitant sur les eaux bleues, les murs, les palais, les temples d’une capitale orgueilleuse autant que Rome ou Byzance.

A Cholula, la première ville de la vallée, les Espagnols échappent à un grand danger. Cortez est averti par sa fidèle Marina d’un complot des habitans, qui voulaient l’égorger par surprise avec sa petite troupe ; il attire les suspecte dans le préau du palais où il habite et en fait à l’improviste un effroyable carnage. C’est la première circonstance où le capitaine-général mérite les accusations de cruauté si souvent formulées contre lui par Las Casas ; encore faut-il se rappeler la nécessité où étaient les Européens de maintenir leur prestige par la terreur. Qu’on juge de ce qui les attendait s’ils avaient faibli aux portes de Mexico ! « Nous apprîmes de manière très certaine que les idoles de Montézuma lui conseillèrent de nous laisser entrer à Mexico avec des apparences pacifiques ; que, dès que nous serions entrés, en nous ôtant les vivres et l’eau ou en levant un quelconque des ponts, il lui serait aisé, dans un seul jour de bataille, de nous massacrer tous jusqu’au dernier ; qu’alors il pourrait faire des sacrifices à Huichilobos, qui lui avait donné ce conseil, et à Tezcatepuca, son dieu de l’enfer, se rassasier, lui et les siens, de nos cuisses, de nos jambes et de nos bras, et avec les tripes, le tronc et le reste, assouvir la faim des couleuvres, serpens