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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/146

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quarante compagnons, dont était Bernal Diaz. — Pas plus que son devancier, Grijalva ne devait faire d’établissement dans la terre de promission. Il reconnut les mouillages visités par Cordova, livra de nouveau bataille aux gens de Champoton et remonta vers le nord-ouest, en tenant toujours la côte. Quand on découvrait l’embouchure d’un fleuve, un des partisans descendait en prendre possession et lui laissait son nom. En quittant l’estuaire du rio de Guazacalco, un soldat de La Havane, San Martin, regardait le ciel ; il aperçut devant lui des lignes blanches dans les hauteurs ; c’étaient les crêtes neigeuses de la Sierra Madre, la grande chaîne mère du continent ; l’équipage les baptisa Sierra de San Martin ; cet homme grava son nom obscur sur ces neiges éternelles, comme il l’eût écrit sur le mur blanc d’une auberge. Un peu plus loin, on vit sur le rivage des Indiens qui faisaient signe d’avancer en agitant des bannières ; les Espagnols prirent terre et trouvèrent trois caciques, assis sous un arbre, qui les encensèrent ; ces gens parlaient une langue différente de celle du Yucatan : c’étaient les premiers Aztèques. Montézuma, avisé de l’arrivée des étrangers, avait envoyé ses gouverneurs s’enquérir du prodige ; les navigateurs ne comprirent pas alors ce que signifiait ce nom qu’ils entendaient prononcer avec respect. Ils montrèrent de l’or et des verroteries à cette nouvelle peuplade ; on leur apporta des bijoux d’un beau travail et des émeraudes. La flottille remonta jusqu’à Saint-Jean de Ulloa ; au-delà, elle eut à soutenir un premier combat contre les Mexicains, qui se comportèrent vaillamment. Découragés par l’insécurité des rades, battus par les vents de nord constans qui règnent dans le golfe, les pilotes refusèrent d’aller plus loin ; l’expédition mit le cap sur Cuba et rentra à La Havane au commencement de novembre, rapportant environ 20,000 pesos d’or.

Une troisième armada se reforma aussitôt, celle-ci beaucoup plus considérable. Il n’était bruit, dans toute l’île, que des découvertes faites par Cordova et Grijalva ; les récits de leurs soldats, le peu d’or qu’ils avaient recueilli, tout grossissait en courant sur les lèvres, à travers les imaginations tendues vers le merveilleux. Des colons, pourvus de bonnes commanderies d’Indiens à Cuba, les abandonnaient ou les engageaient pour aller conquérir les mines espérées en terre ferme. La fièvre d’or battait son plein ; le long rêve des alchimistes était enfin réalisé ; il ne s’agissait que de risquer un peu de sang pour le transmuter en pépites. L’historien Gomara disait alors de la cour de Castille qu’elle « bouillonnait de convoitise. » Qu’était-ce donc de cette avant-garde espagnole campée à Cuba, de ces gouverneurs qui n’avaient qu’à étendre la main sur les royaumes entrevus ? Diego Velazquez, homme ambitieux et rapace, venait de dépêcher son chapelain à l’évêque Juan de