Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/131

Cette page n’a pas encore été corrigée


dans les candélabres ; ameublement disparate, un peu criard, représentant un luxe factice. « Madame » entra ; peignoir trop entr’ouvert, des bracelets aux bras nus, les cheveux pendans sur les épaules, les lèvres teintes, une raie noire sous la paupière, aux pieds des savates qui avaient été des pantoufles brodées d’or. Les quêteuses comprirent et voulurent se retirer. La pauvre fille prit son porte-monnaie traînant sur la cheminée et le vida dans leurs mains ; elle enleva ses bracelets et les leur donna. Les religieuses résistaient et gagnaient la porte ; la malheureuse disait : « Je vous en prie ! » Elle saisit le bas de la robe de bure et la baisa. Les quêteuses effarées se sauvèrent. L’une d’elles me disait : « Cet argent me brûlait la main ! » — Pourquoi, ma sœur ? le parfum de la Madeleine n’a point brûlé les pieds du Christ.

Quelle somme la charité privée glisse-t-elle, tous les ans, dans la main du Paris misérable ? Il est impossible de le deviner, même approximativement, mais le total oscillerait entre 60 et 80 millions, je n’en serais pas surpris. Un tel budget est-il versé par la charité abstraite, c’est-à-dire par celle qui se laisse ignorer, et qui ne fait le bien que pour faire le bien ? Je voudrais et je n’ose le croire. Les dons anonymes sont cependant fréquens, bien plus que l’on ne suppose ; et, à ce sujet, qu’il me soit permis de remercier ici les personnes dont je n’ai jamais su le nom, les amis inconnus qui ont bien voulu me choisir pour intermédiaire et m’ont adressé des offrandes que j’ai été heureux de faire parvenir aux œuvres que l’on me désignait. Tout le monde n’a pas cette vertu délicate et plus d’un ne donne que pour lire son nom imprimé dans les journaux ou dans le compte-rendu des associations secourables. Le donateur baisse les yeux et dit : « Pourquoi m’avez-vous nommé ? » Sa modestie cependant n’a pas trop souffert. Si l’on décomposait la charité, il est probable que l’on y trouverait plus d’un mobile dont l’élévation est douteuse. Il y a des gens qui ne donnent que lorsqu’on les regarde ; eh bien ! il faut les regarder ; les malheureux en profiteront. Ce n’est pas à nous à sonder les cœurs. La haine conçue contre un héritier a été le prétexte de plus d’une fondation hospitalière où des infortunés ont trouvé le repos et la guérison. L’effet rachète la cause.

La charité suscite-t-elle beaucoup de reconnaissance ? Oui, dans le cœur de ceux qui donnent. Celui qui demande fait volontiers remonter à la Providence l’impulsion première de l’aumône qu’on lui a confiée pour être employée au service de la misère. Ceux qui bénéficient de l’offrande trouvent généralement, comme ils disent, « que l’on ne fait pas assez pour eux, » ce qui est naturel ; et puis il faut remarquer que ce sont des malades uniquement occupés de