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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/115

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ardente charité, Mlle Camille Favre, versa d’un geste 120,000 fr. dans la caisse de l’œuvre. Afin de mieux obéir aux vœux des donateurs, on s’empressa d’acheter deux maisons : l’une, rue Labat, près de l’ancienne chaussée de Clignancourt, et l’autre, rue de Crimée, dans le quartier de La Villette. Quoique supérieures par l’aménagement et la construction à l’asile de la rue Saint-Jacques, ces maisons sont relativement peu fréquentées et celle du Mont des écoles reste encore, pour les différentes causes que j’ai dites, le refuge où le plus grand nombre de malheureuses viennent chercher le repos de la nuit [1]. La maison de la rue Labat, qui garde trace de dorures dans un salon servant aujourd’hui de salle d’attente, n’est qu’un dortoir temporaire auquel est annexé un fourneau ; en outre, trois fois par semaine, un médecin y donne des consultations gratuites. Rue de Crimée, la maison qui porte le nom de Camille-Favre est plus importante : elle se compose d’un corps de bâtiment, situé au-delà d’une cour et d’un petit jardin ; deux ailes la complètent et s’appuient à la muraille ouverte sur la rue par une large porte cochère. Bans l’aile de gauche on a installé les dortoirs de l’asile de nuit. Le bâtiment du fond est occupé par une maison de retraite où vingt vieilles femmes peuvent trouver un abri jusqu’à leur dernier jour moyennant une pension annuelle de 500 francs.

L’aile de droite renferme un nouvel établissement créé par la Société philanthropique, qui ne sait qu’imaginer pour faire le bien ; je veux parler d’un dispensaire pour enfans, inauguré le 15 mai 1883, et où déjà plus de 3,000 consultations ont été données. Dans quelques pièces, au rez-de-chaussée, la communauté a pris logement. Je dis bien : la communauté, car, par exception aux directions exclusivement laïques de la société, la maison Camille-Favre a été confiée aux sœurs de Notre-Dame-du-Calvaire, que j’ai déjà rencontrées dans la rue d’Auteuil, à l’Hospitalité du travail. On a bien fait de s’adresser à elles, car, pour soigner des enfans malades, il faut, avant tout, des infirmières, et, — j’en demande pardon à la laïcisation, — en fait d’infirmières, il n’y a encore que celles qui portent le voile noir et la guimpe. Un détail fera comprendre l’influence de l’élément féminin religieux dans de telles maisons, où l’on est en contact perpétuel avec toutes les misères. J’ai fait remarquer que, dans les asiles de nuit, le lit de camp était affecté aux femmes dont la malpropreté n’est

  1. Il en est à la Société philanthropique comme à l’Hospitalité de nuit ; chacun des asiles est, en quelque sorte, sous la surveillance spéciale d’un des membres du comité. La rue Saint-Jacques est attribuée à M. René Fouret ; la rue de Crimée au vicomte Othenin d’Haussonville ; la rue Labat, à M. Mansais, référendaire aux sceaux ; le président, qui est le marquis de Mortemart, se transporte de l’une à l’autre des trois maisons.