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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/105

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mais seulement 50 de soixante ans et au-dessus ; la grande majorité du public errant qui s’adresse à l’Hospitalité de nuit oscille, donc entre la vingtième et la soixantième année, c’est-à-dire est dans la force de l’âge. C’est à ces hommes-là surtout que l’étape de repos est utile ; les uns y ressaisissent la vigueur qui leur permet de reprendre vaillamment le travail ; les autres sont soustraits aux tentations, et aux occasions de mal faire. N’est-ce donc rien, n’est-ce pas faire acte de sécurité publique, que d’enlever, chaque année, 40,000 individus à bout de voies aux rues de Paris, où le crime nocturne est facile, où le délit est à portée de la main ?

La population parisienne, qui ne pèche pas souvent par excès de gratitude, s’est intéressée à l’Hospitalité de nuit. Les preuves de sympathie adressées aux directeurs de l’œuvre sont multiples et tirent parfois de leur origine même un caractère touchant dont il est difficile de n’être pas ému. Parmi les lettres que l’on garde dans les archives du conseil d’administration, comme des titres de noblesse, il en est deux qu’il convient de citer. « Le 18 mars 1884. Monsieur le directeur, je viens de lire un article sur le Petit Journal au sujet de votre belle institution, l’Hospitalité de nuit. Je la. connaissais depuis longtemps, mais j’ignorais que l’on pût envoyer si peu ; de chose que ce que je vous envoie de bien bon cœur (six timbres-poste). Mon seul regret est de n’être pas plus riche ; pourtant je tâcherai, chaque quinzaine, de vous en envoyer autant, moitié pour les hommes, moitié pour les femmes. Monsieur, je vous remercie, en vous envoyant mes salutations les plus respectueuses. CARTIER, chauffeur mécanicien. » — « 24 mars 1884. Monsieur le président, nous souffrons à la pensée de ne pouvoir soulager ceux qui souffrent. Néanmoins nous vous prions, monsieur le président, de vouloir bien recevoir notre petite obole (dix timbres-poste), pour ceux pour qui vous êtes bon, charitable et dévoué. UNE FAMILLE D’OUVRIERS. Vos bien dévoués serviteurs. Signature illisible. » Non-seulement ces faits ne sont pas rares, mais ils se renouvellent quotidiennement et prouvent combien la vertu vibre encore dans le cœur de la grande ville que la rhétorique des étrangers appelle la Babylone moderne. Qui ne se souvient de l’estampe allemande publiée après la capitulation de Paris : « Tombée ! tombée ! la Babylone orgueilleuse ! » Oui, tombée à son tour sous les armes, comme les autres capitales de l’Europe, mais si haute, si solide par sa charité qu’elle est indestructible. Parfois, dans l’exercice de cette charité, il y a des délicatesses infinies et vraiment exquises : un ouvrier sincèrement attaché à ses devoirs religieux est forcé de travailler le dimanche, ce qui est contraire aux prescriptions de l’église ; sa conscience se trouble, et il la met en repos par un subterfuge