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LA
SOLIDARITÉ HUMAINE
ET LES
DROITS DE L’INDIVIDU

I. Charles Secrétan, Philosophie de la liberté, 2e édition; Discours laïques. — II. Henri Marion, la Solidarité morale, 2e édition. — III. De Pressensé, les Origines. — IV. Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation?

Il se produit actuellement en Allemagne, en Angleterre, en Suisse, un mouvement de philosophie religieuse auquel notre pays aurait tort de demeurer indifférent. La philosophie de la religion a toujours sa terre classique en Allemagne ; en Angleterre, elle paraît être l’objet principal auquel tendent et l’école néokantienne et la nouvelle école hégélienne; celle-ci, par un phénomène curieux outre Manche, s’efforce de rendre quelque éclat à un système presque abandonné en Allemagne : on peut comparer cette école à une fusée retardataire qui part après le feu d’artifice. En Suisse, un métaphysicien fidèle à la plus haute et à la plus pure tradition du christianisme, M. Secrétan, s’est efforcé récemment de tourner les principes de la philosophie et de la science moderne au profit des dogmes religieux. Parmi ces principes de la science, il en est un qui n’est qu’un nom particulier du déterminisme universel : la solidarité humaine, par laquelle la chute ou le progrès de l’un retombe plus ou moins sur tous les autres : delicta majorum immeritus lues. Cette solidarité, qui s’exerce dans l’ordre moral ou social comme dans l’ordre naturel, et dont le socialisme a tant