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Pour faire l’histoire de cette réforme, il faudrait remonter au ministère de M. Duruy, bien entendu ; car M. Duruy a mis en route toutes les réformes de l’enseignement public. Il a rapproché l’élève du maître en instituant l’École des hautes études, c’est-à-dire des laboratoires et des conférences, et en donnant des étudians aux facultés des lettres et des sciences. Ceci n’était point facile : on s’adressa aux jeunes gens sur qui l’on avait autorité, aux maîtres d’études, aux professeurs bacheliers qui voulaient devenir licenciés. On nomma, dans les lycées des chefs-lieux académiques où siégeaient les facultés, des maîtres auxiliaires, à qui l’on donna le vivre et le couvert et peu de besogne. On engagea les jeunes professeurs du ressort académique à se rendre au chef-lieu, le jeudi, pour y suivre les conférences qu’on avait accumulées sur cette journée-là. Le ministre négocia avec les compagnies de chemin de fer afin d’obtenir le parcours à prix réduit pour ces pèlerins universitaires. Il suivait avec une sollicitude constante le progrès de ces petites écoles normales secondaires, qui naissaient et croissaient. Par tous ces moyens, les facultés les plus favorisées obtenaient une vingtaine d’élèves. M. Duruy aurait voulu faire davantage. Dans le rapport à l’empereur, qui précède la Statistique de l’enseignement supérieur, publiée en 1867, il parle de la nécessité de donner aux facultés des élèves boursiers; d’y multiplier les moyens de travail; de doter largement laboratoires et bibliothèques ; mais le budget d’alors n’était pas généreux envers l’instruction publique : le malheur ne nous avait point encore appris qu’une économie faite sur l’école coûte cher. Aujourd’hui le budget n’a pour nous que des largesses ; il nous comble, dès que nous avons désiré ; il va même au-devant de nos désirs. Un des meilleurs emplois de cette générosité patriotique est l’institution de bourses nombreuses, — bourses de licence, créées par M. Waddington et bourses d’agrégation, créées par M. Ferry, — qui permettent à des jeunes gens de se préparer auprès des facultés aux grades et aux fonctions universitaires. Les boursiers ont été à peine réunis auprès des maîtres que les étudians libres sont accourus. Il y a aujourd’hui près de quatre cents étudians à la faculté des sciences; il y en a plus de trois cent cinquante à la faculté des lettres, et le progrès a été si rapide pendant ces dernières années qu’il est difficile de dire où il s’arrêtera. On en jugera par l’extraordinaire accroissement qui s’est produit d’une année à l’autre dans le nombre des étudians en histoire.

Le 28 octobre 1880, des professeurs de la faculté des lettres se réunissaient dans le cabinet de M. Gréard, vice-recteur de l’académie de Paris, avec des maîtres de conférences de l’Ecole des hautes études pour se partager l’étude des auteurs et des questions marquées