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était dessinée comme une carte de géographie ; selon que le sable était plus ou moins profond ou pur, les teintes et les contours figurés par la vigne indiquaient avec précision la profondeur et la composition de chaque partie de l’étendue plantée.

Dans le sable pur, l’insecte est dans la situation d’une souris qui voudrait circuler dans les cailloux cassés d’un mètre de pierres, l’extrême mobilité de ces fragmens brisés l’empêcherait de s’y frayer un passage, tandis qu’elle traverserait un mur, protégée par l’adhérence même des pierres entre elles. Si, à la longue, la culture transformait ce sable pur en sable humifère, le phylloxéra reprendrait ses droits, mais l’opération aurait été heureuse quand même, car la transformation d’un sable stérile en terre cultivable constituerait une amélioration de capital. Un grand bien ressortira évidemment de ces plantations dans le sable ; la richesse publique en sera notablement accrue. Citons comme exemple l’île de Listel, achetée par M. de Fesquet pour en faire une terre d’agrément et de chasse, et dont le revenu atteindra bientôt un chiffre égal à son prix d’acquisition.

Après avoir rendu justice aux insecticides et aux plantations dans le sable, revenons au but spécial de cette étude, à l’opportunité des plantations américaines et cherchons ce qu’il peut y avoir de sérieux dans les objections qui se jettent au travers de ses progrès en France. Les uns veulent proscrire la vigne américaine parce qu’elle a apporté le phylloxéra, d’autres trouvent le prix de revient de cette plantation inabordable. Je réponds d’abord à cette question de prix, parce que c’est la plus sérieuse et la plus faussement présentée en général. Si nous disons que 800 francs à l’hectare est un prix large pour un travail excellent, que c’est le prix accepté par des fermiers, experts assermentés et autres compétens, pour défoncement, labour, plantation, trois années de culture, fumure (utile ou nuisible), nous serons dans le vrai ; donc :


Plantation, entretien, etc. 800 francs.
Achat de 2,500 belles boutures de riparias à 80 francs le mille 200 »
Greffage de 2,500 souches à 15 francs le mille 37 50
Achat de greffons français à 15 francs le mille. 37 50
Prix vrai 1.075francs.

Si nous plantons en enracinés, le calcul est à refaire : selon qu’on a de l’argent pour payer plus cher un revenu plus prochain ou seulement de la patience pour en attendre un lointain, on adoptera l’un ou l’autre de ces systèmes.

Voici le compte présenté par la compagnie de Paris-Lyon-Méditerranée pour la plantation de clinton faite en 1877 au coteau de l’Ermitage par M. Thiollière de l’Isle :