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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/964

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MM. Fremy et Feil, qui datent de 1877, le rubis s’est présenté en belles tables, larges, de riche couleur, souvent transparentes, ayant toutes les qualités du rubis naturel ; il ne leur manquait qu’une seule chose : l’épaisseur. Ainsi toutes les difficultés n’ont pas encore été vaincues, mais évidemment on est sur la voie. Le jour où nos chimistes pourront accepter les commandes des joailliers, nous applaudirons au triomphe de la science, mais nous regretterons peut-être de voir les gemmes, devenues des produits de laboratoire, perdre ainsi sans retour leur mystérieuse et antique auréole.

Un problème du même ordre, mais plus complexe peut-être, c’est celui de la production artificielle des perles. Il ne s’agit point ici de composer des perlés véritables par des moyens purement chimiques, il s’agit de forcer les huîtres perlières à travailler à notre profit. Est-il possible de réaliser à volonté les conditions physiologiques dans lesquelles apparaissent d’ordinaire ces précieuses formations ? Pour répondre à cette question, il faut envisager de plus près le mode de sécrétion auquel la perle doit sa naissance. M. Coutance, s’appuyant notamment sur l’autorité d’Hessling, qui a fait une étude approfondie de ce sujet, croit pouvoir affirmer que l’huître ne fait, en produisant la perle, rien d’anormal, puisque la nacre est formée de la même substance ; elle y emploie une faible part de l’élément carbonate qui constitue sa coquille. La « maladie » de l’huître n’est donc qu’une hypersécrétion, — une espèce de rhume. La perle est le résultat d’une congestion utilement détournée, d’une sorte d’opération chirurgicale ayant pour but de réparer une brèche faite à sa coquille, ou d’envelopper un corps étranger, — ver parasite ou grain de sable, — qui a été introduit accidentellement dans ses tissus. Une huître à perle n’est pas une huître malade, c’est une huître guérie.

On entrevoit ici le moyen de provoquer artificiellement la sécrétion des perles, sinon chez les pintadines, qui sont les ouvrières les plus habiles mais qui recherchent les profondeurs des océans, du moins chez d’autres bivalves qui sont plus à notre portée. Il paraît que Linné avait appliqué une opération de ce genre aux moules perlières de son pays ; n’ayant pu vendre son secret à son gouvernement, il l’aurait cédé, moyennant 18,000 écus, à un commerçant de Gothenbourg, dont les héritiers auraient plus tard cherché vainement à le revendre pour 500 écus. Les Chinois réussissent à obtenir des perles hémisphériques en introduisant un corps étranger dans la valve de la coquille, et ils se livrent, paraît-il, en grand à cette industrie, sur laquelle M. Coutance a recueilli de curieux renseignemens.


Le directeur-gérant, C. BULOZ.