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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/959

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qu’on l’apprendra désormais pour le lire, non pour l’écrire. M. le ministre de l’instruction publique, dans tous ses projets, dans toutes ses démonstrations, semble oublier que l’enseignement ne consiste pas seulement à remplir la tête d’un enfant de notions multiples et confuses sur toutes choses, qu’il consiste surtout à former une nature intellectuelle, un esprit capable de penser et de savoir. C’est à cela que servaient merveilleusement ces études classiques qui ont reçu le beau nom d’humanités ! M. Jules Ferry croit avoir tout dit en mettant ses réformes sous le drapeau républicain. Il est malheureusement à craindre que ces réformes ne servent ni la république, ni l’enseignement, ni surtout la France.

Les affaires d’Orient, qu’on peut tout aussi bien appeler les affaires de l’Occident, marchent lentement, et on ne peut pas ajouter sûrement. Elles s’arrêtent, elles se replient, elles se compliquent en chemin, elles se détournent et, pour le moment, elles ne semblent pas près de toucher le but qu’on s’est proposé d’atteindre en essayant d’établir une paix telle quelle par la solution diplomatique des diverses questions de territoire ou de réorganisation que le congrès de Berlin a laissées en suspens. La dernière conférence qui s’est récemment réunie à Berlin pour reprendre et pousser jusqu’au bout l’œuvre du congrès a eu sans doute un avantage, un succès d’un moment. Elle a remis en présence les cabinets qui ont concouru à la paix de l’Orient et elle a constaté l’entente des gouvernemens. Elle a réuni les signatures de toutes les puissances au bas d’une note collective par laquelle la Porte ottomane a été sommée de s’exécuter en donnant au Montenegro ce qu’on lui a promis, aux Grecs des frontières nouvelles, aux populations de l’empire des réformes plus faciles à imaginer ou à promettre qu’à réaliser. La diplomatie a fait la démarche qu’elle avait concertée et elle s’efforce de rester sur son terrain : jusque là, c’est fort bien.

Malheureusement, s’il y a entre les puissances de l’Europe assez d’intérêts communs pour qu’un accord soit possible dans certaines conditions, pour un bien de paix et de civilisation, il y a aussi entre elles assez d’intérêts divergens pour que cet accord soit toujours fragile et risque d’être peu efficace. Les difficultés sont d’autant plus grandes que les alliances se déplacent et les questions se compliquent à chaque instant. La Russie, quant à elle, a son but invariable, elle ne change pas. Depuis qu’elle est rentrée victorieuse en Orient, elle n’a d’autre pensée et d’autre objet que de reprendre ses traditions de prépondérance, d’étendre et d’assurer son influence sur le Danube et sur les Balkans, dans la Bulgarie qu’elle a créée, dans la Roumélie plus qu’à demi détachée de l’empire turc. Elle met visiblement toute son habileté à revenir par tous les moyens, directement ou indirectement, au traité de San-Stefano qu’elle avait conquis à la pointe de l’épée et dans tous les accords qu’on lui propose, auxquels elle s’empresse de se prêter,