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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/954

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tions singulièrement hasardeuses. Il a fallu passer à travers tous ces défilés : on y a réussi tant bien que mal. M. Gambetta, dit-on, n’aurait pas été le dernier à employer sa diplomatie auprès de ses amis de Cherbourg. M. le président Grévy a fait des complimens à « l’excellente municipalité, » et il a montré pour la forme quelque réserve avec l’amiral Ribourt, qui s’est tenu à sa place sans ostentation et sans affectation. Au bout du compte, les difficultés ont été plus ou moins éludées pour le moment, les apparences ont été plus, ou moins sauvées, et le voyage a pu s’accomplir : il s’est accompli avec tout le succès désirable, au milieu des réjouissances, des acclamations et des ovations, — non toutefois sans être accompagné de quelques scènes étranges et sans perdre par instans un peu de son caractère sérieux.

Tout s’est passé en définitive aussi bien que possible, avec ce mélange d’apparat officiel et de liberté familière, de confusion un peu bruyante qui caractérise les fêtes d’aujourd’hui. Lancement d’un navire, visites à l’escadre et à l’arsenal, distributions de récompenses, banquets, échanges de félicitations et de toasts, effusions populaires, illuminations, le programme a été complet. Rien n’a manqué, pas même cet éternel défilé de jeunes filles reparaissant maintenant en toute circonstance avec les trois couleurs dans leur toilette. C’est peut-être patriote et républicain à la mode du conseil municipal de Paris ; mais c’est assez ridicule, et franchement on ne voit pas bien en quoi le salut et l’honneur des institutions sont intéressés à ce que d’aimables enfans soient promenées en tenue tricolore, braillant sans y rien comprendre les refrains les plus osés de la Marseillaise sur le passage des pouvoirs publics ! M. le président Grévy n’avait probablement pas demandé que cet article fût inscrit dans le programme. Au milieu des épisodes et des diversions, de ces deux jours de fêtes, d’ailleurs, M. Grévy, c’est une justice à lui cendre, a fait son devoir de chef de l’état avec une gravité simple. Il a parlé quand il l’a fallu, il a parlé avec brièveté, avec mesure, et, représentant de la France, il a su mettre un accent juste et éloquent dans son toast à la marine française. M. le président du sénat, lui aussi, sans se prodiguer, a trouvé l’occasion de placer quelques mots sensés et bien tournés.

Quant à M. le président de la chambre des députés, il n’était visiblement pas allé à Cherbourg pour se reposer, et il s’est peut-être un peu trop souvenu qu’il devait d’abord être le seul héros du voyage. Il s’est remué de façon à paraître éclipser tout le monde, même M. le président de la république, qu’il s’est empressé de couvrir de ses hommages. M. Gambetta était partout, à l’arsenal, aux forts, sur la flotte, au banquet, au cercle du commerce, dans la rue, où il a harangué la foule du haut des voitures. Le matin, il expliquait comment si on eût écouté Vauban, le fort de Cherbourg aurait été placé dans la vallée de Quin-