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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/951

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situation dont ils révèlent les caractères, les ressources en même temps que les dissonances, les bizarreries et les faiblesses.

Assurément ces élections des conseils généraux qui viennent de s’accomplir sans agitation et sans trouble aux premières heures d’août, qui n’ont été complétées par un scrutin définitif que dimanche dernier, ces élections ont leur place dans nos affaires du jour. Elles sont jusqu’à un certain point un événement et dans tous les cas un succès marqué, incontestable et incontesté pour la cause républicaine. Ce n’était point, il est vrai, une élection générale, ce n’était qu’un renouvellement partiel. Ce renouvellement, cependant, il était assez considérable pour avoir une signification sérieuse ; il s’étendait à près de quinze cents cantons, et dans ce nombre s’il y a des républicains, même des républicains de quelque notoriété, qui ont été vaincus, il y a beaucoup plus de conservateurs qui ont été évincés, particulièrement dans des contrées comme la Charente-Inférieure, la Corse, où l’impérialisme avait gardé jusqu’ici tous les avantages. Tout bien compté, les républicains ont gagné prés de trois cents sièges dans les conseils généraux renouvelés. Voilà le fait simple et clair, dont le premier résultat est le déplacement de la majorité dans un assez grand nombre de départemens. Tel qu’il est, ce scrutin, il a donc, son importance, même Une importance politique, et parce qu’il affecte dans leur composition des assemblées qui prennent une part directe, décisive à l’élection du sénat, et parce qu’il est le symptôme d’un certain état de l’opinion, d’un courant qui se dessine de plus en plus. Qu’on se plaise à scruter, à interpréter d’une manière plus ou moins spécieuse la nature et les causes de ce mouvement, qu’on recherche avec plus ou moins de subtilité dans quelle » mesure des circonstances précises, les actes les plus récens de la politique, les pressions officielles ont pu déterminer ou modifier le voter on risque sans doute de prendre des imaginations et des fictions pour des réalités. Le dernier scrutin, selon toute vraisemblance, s’explique beaucoup mieux dans certaines contrées par des raisons locales ou personnelles, et dans la plupart des cas par une cause, générale sur laquelle vaincus et vainqueurs sont également intéressés à ne pas se méprendre.

Sait-on ce que signifient surtout ces élections, ce qu’elles prouvent une fois de plus ? Elles prouvent que le pays en général, sauf des circonstances criantes qui le révoltent, est volontiers pour ce qui existe, pour le gouvernement établi, et par une suite naturelle pour ceux qui se présentent à lui sous le drapeau de ce gouvernement devenu la légalité reconnue. Les conservateurs cherchent bien loin les causes de leurs mésaventures qui sont aussi réelles que nombreuses, qui tendent à se multiplier dans les élections. Le secret de leurs échecs et de leurs déceptions, c’est qu’ils n’ont pas su accepter à propos ce qu’ils ne pouvaient pas éviter ; c’est que depuis des années ils se sont laissé placer