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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/95

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qu’ils discernent chez les autres. Ils dirigent contre leurs adversaires des argumens dont on peut se servir contre eux-mêmes, de façon que les deux partis sortent également blessés de la lutte et qu’en réalité ce sont les incrédules qui en recueillent tous les fruits.

Julien ne croyait pas travailler pour les incrédules, il espérait bien ramener le monde aux anciens dieux ; mais il n’ignorait pas que, pour y réussir, un grand effort était à faire. La polémique chrétienne avait porté des coups terribles aux religions populaires, elle en avait montré d’une manière victorieuse les faiblesses et le ridicule, et il n’était plus possible de revenir tout à fait au polythéisme naïf d’autrefois. Aussi était-ce véritablement une religion nouvelle que Julien essaya de composer avec les débris de l’ancienne. Malgré son enthousiasme pour Homère, il comprit qu’on n’était plus au temps de la guerre de Troie, que la société nouvelle avait de nouveaux besoins religieux et qu’il fallait trouver quelque moyen de les satisfaire. Les religions de l’antiquité se composaient de pratiques qu’on était tenu d’accomplir rigoureusement et de légendes que chacun pouvait interpréter à sa façon ; elles n’avaient pas de dogmes et ne connaissaient pas d’orthodoxie. Le monde s’était fort bien accommodé pendant des siècles de ces croyances indéterminées, qui ne gênaient la liberté de personne ; mais, avec le temps, on était devenu plus difficile. De grands problèmes s’étaient posés à l’esprit d’une façon impérieuse, il fallait qu’ils fussent résolus, et l’on ne voulait plus se contenter d’une religion qui n’apprenait rien de la nature des dieux, de leur action sur le monde et des secrets de l’autre vie. Julien se chargea de combler ce vide avec la philosophie de Platon. Ce fut son premier travail de créer une doctrine religieuse, de donner ce qu’on pourrait appeler des dogmes à ces cultes qui n’en avaient pas. C’est ce qui est visible dans ce long discours « sur le Roi-Soleil » qu’il composa en trois nuits d’insomnie et qui est un de ses plus importans ouvrages.

Ce discours n’est pas facile à comprendre, et Julien y est souvent fort obscur. C’est une sorte d’improvisation où il ne s’est pas donné le temps de préciser ses idées. Il y traite d’ailleurs de questions métaphysiques et parle pour des gens nourris des mêmes opinions que lui, qui l’entendent à demi-mot. Heureusement pour nous, M. Naville a pris la peine de rendre clair ce que Julien s’était contenté d’ébaucher. Je n’ai donc rien de mieux à faire que d’analyser son travail, en lui laissant la parole le plus que je pourrai.

Le Dieu véritable de Julien, c’est le Soleil. Il est le principe de la vie pour toute la nature ; sur la terre il fait tout naître et grandir, il préside à tous les mouvemens des sphères et des corps célestes, il est le centre et le principe de l’harmonie incomparable des cieux ; « les planètes règlent leurs mouvemens sur les siens, et le ciel