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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/94

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semblaient les plus efficaces pour le détruire. Nous allons le suivre successivement dans ces deux genres de combat qu’il lui a livrés. Il avait composé un grand ouvrage contre les chrétiens, qui ne nous est plus connu que par la réfutation qu’en a faite saint Cyrille. C’était une œuvre remarquable que Libanius préfère au travail de Porphyre sur le même sujet et dont saint Cyrille dit « qu’elle a ébranlé beaucoup de personnes et fait beaucoup de mal. » On trouve, dans ce qui en reste, une polémique vive, habile, quelquefois profonde, toujours nourrie par la connaissance des livres saints. En le forçant à les lire et à les méditer, on lui avait mis dans la main une arme qu’il a tournée contre eux. Il a fait durement payer aux évêques et aux prêtres chargés de l’instruire les longs ennuis que lui avait coûtés cette théologie dont on lui infligeait l’étude. Non-seulement il reproduit les anciens argumens de Celse, mais il semble qu’il ait prévu la plupart de ceux dont la critique se sert le plus volontiers aujourd’hui : ainsi il fait remarquer les traces de polythéisme que contient le récit de la création dans la Bible ; il indique en passant que l’évangile de Jean ne ressemble pas aux trois autres ; il affirme que le christianisme s’est formé d’emprunts maladroits faits aux Grecs et aux Juifs, « mais que, comme les sangsues, il a tiré le mauvais sang et laissé le bon. » Il devance les railleries de Voltaire, il est amusant et spirituel comme lui quand il analyse les récits des livres saints et qu’il en fait ressortir les contradictions et les bizarreries. « Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide à sa ressemblance. Cependant cette aide, non-seulement ne l’aide en rien, mais elle le trompe et devient pour tous les deux la cause de leur expulsion du paradis… Quant au serpent dialoguant avec Eve, de quelle langue dirons-nous qu’il se servit ? .. Et la défense imposée par Dieu à l’homme et à la femme qu’il avait créés de faire la distinction du bien et du mal, n’est-ce pas le comble de l’absurdité ? peut-il y avoir un être plus stupide que celui qui ne sait pas distinguer le mal du bien, pour fuir l’un et chercher l’autre ? Dieu était donc l’ennemi du genre humain, puisqu’il lui refusait ce qui est le fond même de la raison, et le serpent en était le bienfaiteur. » Le seul inconvénient de ces railleries, c’est qu’on pouvait les retourner contre les légendes païennes, que Julien trouvait dignes de respect, qu’il essayait d’expliquer et de défendre. Il faut avouer que, quand on vient de se moquer de la tour de Babel, il est difficile de traiter sérieusement ce qu’Homère raconte des Aloades qui s’avisèrent de mettre trois montagnes l’une sur l’autre a afin d’escalader le ciel. » Mais c’est le propre de ces querelles théologiques que ceux qui s’y livrent avec plus d’ardeur que de prudence ne sont plus capables de voir chez eux les imperfections