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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/892

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les plus compliquées sans plan, des œuvres les plus admirables sans dessein, voilà l’énigme que l’esprit humain cherchera toujours à comprendre.


V

Si la métaphysique est autre chose qu’une science des mots, si elle a son but et son objet, si elle ne construit point a priori ses systèmes, si elle spécule réellement sur des données positives pour s’élever aux principes d’ordre supérieur qui expliquent les phénomènes de la nature, n’y aurait-il pas une autre conclusion que celle de l’école positiviste à tirer du spectacle que nous offre son histoire ? Sous cette succession de doctrines qui se contredisent et se détruisent, ne peut-on pas reconnaître une autre loi que cette loi des trois états qui prononce la déchéance définitive de ce genre de spéculation ? Voilà ce qu’un historien attentif et non prévenu doit rechercher, en suivant de près le mouvement de la pensée philosophique à travers les temps. Et nous aussi, nous sommes frappé du progrès scientifique accompli par l’esprit humain dans la série des états par lesquels il passe. Mais ce progrès ne nous semble pas du tout menaçant pour l’avenir de la métaphysique. Nous y voyons autre chose qu’une élimination de tel ou tel genre de spéculation. Une œuvre d’organisation se poursuit à travers les phases diverses de l’esprit humain, laquelle tend de plus en plus à la distinction et à l’indépendance de toutes les directions de la pensée. Ce progrès en opère la séparation et l’émancipation ; il assure aussi à chacune toute sa liberté de développement. Dans un tel travail, l’esprit conserve tous ses organes ; seulement, après avoir commencé par se confondre avec les autres et en avoir usurpé les fonctions, chaque organe de la pensée finit par se retirer dans sa sphère d’activité et se fixer dans la fonction qui lui est propre. Et, de même que dans la nature, cette séparation et cette indépendance nécessaires n’excluent en rien le concours et l’harmonie des divers organes. Au contraire, à mesure que chacun d’eux rentre dans sa sphère et dans sa fonction, un rapport plus constant et plus intime s’établit entre toutes les manifestations de la pensée totale, de façon à rendre plus fécond, plus puissant, plus sûr le jeu de toutes ses forces. L’histoire nous enseigne autre chose qu’un progrès scientifique qui tendrait à l’élimination absolue et définitive de la métaphysique du domaine de la pensée eIle-même. Elle nous montre le rôle de la métaphysique diminuant,