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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/889

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peut être contesté, c’est la conclusion qu’en tire l’école positiviste. Tout philosophe familier avec l’histoire de la philosophie reconnaîtra volontiers la différence profonde qui existe entre le progrès scientifique et le progrès métaphysique. Même en la prenant dans son sens le plus large et le plus philosophique, la spéculation ainsi nommée ne va pas, dans son brillant développement, de découvertes en découvertes, mais de système en système, son progrès se faisant, moins par l’acquisition de faits nouveaux que par la transformation de principes déjà énoncés dans les premiers temps de son apparition sur la scène philosophique. Mais, si elle ne résout jamais d’une façon complète et irréfutable les problèmes qu’elle pose, pourquoi les reprend-elle sans cesse pour essayer de les mieux résoudre ? Si l’histoire nous révèle une loi qui démontre l’impuissance de la métaphysique, dans le passé, à résoudre définitivement de telles questions, ne nous révèle-t-elle pas également une autre loi, qui prouve avec la même évidence l’impossibilité pour l’esprit humain de se résigner à cette impuissance provisoire ? Et alors, entre ces deux lois contradictoires, au moins en apparence, à quelle conclusion pouvons-nous nous arrêter ? Au nom de l’histoire, le positivisme nous ferme la carrière de la spéculation métaphysique ; au nom de l’histoire, la philosophie nous la rouvre. L’esprit humain n’a jamais hésité, et quoi qu’en dise la sagesse de nos positivistes ou la prudence de nos savans, il n’hésite pas plus, dans le présent que dans le passé, à poser de nouveau les grandes questions qui font son tourment et sa gloire.

Que penser d’un genre de spéculation qui reparaît partout et toujours, dans l’histoire de l’esprit, après des éclipses d’une courte durée, qui se montre en pleine lumière de la science moderne, comme dans l’ignorance scientifique de l’antiquité et du moyen âge ? On nous dit, il est vrai, que cette fois le rôle de la métaphysique est bien fini, que l’esprit humain, depuis l’avènement de la philosophie positive, a renoncé sans retour à ses illusions. Mais on nous le dit quand des symptômes contraires éclatent à nos yeux. Pour ne parler que de la France, qui a été le berceau du positivisme, pendant que les philosophes de l’école purement expérimentale se donnent carrière dans le champ des hypothèses cosmogoniques, un spiritualisme nouveau plus large, plus familier avec les enseignemens de la science positive, ne se produit-il pas avec un grand éclat et une véritable originalité au sein des générations contemporaines ? S’il ne rompt pas avec la grande tradition métaphysique des Aristote et des Leibniz, il cherche surtout dans les sciences positives ses argumens de discussion et la matière de ses conceptions spéculatives. La nouvelle école, si l’on peut qualifier ainsi une