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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/883

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philosophie des monades et de l’harmonie préétablie, en essayant de la confirmer par les renseignemens de la science elle-même, est-ce, lui aussi, un scolastique d’un autre temps et d’une autre façon ?

Nous en convenons, cette grande métaphysique du XVIIe siècle et du début de XVIIIe siècle, si riche qu’elle soit en œuvres de génie, est encore pleine d’hypothèses, de subtilités, de conceptions chimériques, qui provoquent une réaction générale contre ses méthodes, ses principes, ses conclusions, et surtout son langage. Ce n’est pas Locke et Condillac seulement, c’est Hume, c’est Reid, c’est Kant, qui avec les armes du bon sens, du sens commun, de la dialectique, de l’analyse, l’attaquent avec un tel succès qu’à la fin de ce siècle on croit en avoir à jamais fini avec un tel genre de spéculation. Et voici que la pensée métaphysique reprend son essor de plus belle au début de notre siècle. Une analogie curieuse entre Socrate et Kant a frappé l’esprit de certains historiens de la philosophie. Tandis que Platon, Aristote, Zénon s’inspirent de la maxime socratique : Connais-toi toi-même, Fichte, Schelling, Hegel prennent la Critique de la raison pure pour point de départ de leurs grandes spéculations, en sorte que Kant aurait pu répéter, à propos de ses téméraires disciples, ce que Socrate avait dit de Platon : « Que de choses ce jeune homme me fait dire auxquelles je n’ai jamais songé ! » Quelque critique qu’on fasse de cette philosophie, on ne peut méconnaître, d’abord que ce fut un puissant effort de la pensée humaine qui n’a pas été stérile, ensuite que, les formules de langage mises à part, les grands esprits qui l’ont tenté n’ont jamais perdu de vue les réalités de la nature et de l’histoire que la science leur avait enseignées. On n’avait jamais assisté à un tel épanouissement de la pensée métaphysique. Ce n’est pas tel ou tel ordre de phénomène du monde physique ou du monde moral que la philosophie allemande prétend faire rentrer dans le cadre de ses systèmes ; c’est la réalité universelle, c’est tout ce que la science, mécanique, astronomie, physique, chimie, biologie, psychologie, esthétique, histoire, nous apprend à connaître. Jamais on n’avait vu d’aussi vastes et d’aussi puissantes synthèses depuis Platon et Aristote. Descartes, Malebranche, Spinoza, Leibniz lui-même faisaient de la métaphysique une spéculation à part qui avait pour objet Dieu, l’âme, la matière abstraite, et dont les explications ne dépassaient guère la théologie, la psychologie, et ce qu’on appelait alors l’ontologie. Dans leurs synthèses, Schelling, Hegel, Krause, Herbart comprennent toutes les réalités et toutes les sciences ; ils embrassent le cosmos tout entier dans leurs formules. Pourquoi cette métaphysique n’a-t-elle eu, elle aussi, que son moment de succès ?