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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/881

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aussi bien qu’Aristote et Zénon, n’ont pas d’autre méthode ni d’autre principe pour expliquer le monde que la méthode psychologique et le principe de finalité. Ici, ce ne sont plus des essais, comme dans la première époque ; ce sont de grandes et puissantes synthèses, dont les parties sont liées entre elles et coordonnées par une pensée mûre et maîtresse d’elle-même. Aucun de ces systèmes n’a prévalu définitivement dans le monde philosophique et savant de l’antiquité ; mais aucun n’y a passé sans laisser une trace profonde. S’ils ont tous soulevé des controverses, ce n’est point par leur principe même, mais par l’abus qu’en a fait cet esprit grec si subtil et si fin. La théorie platonicienne des idées a légué à la philosophie, à la morale, à l’art la doctrine de l’idéal. La théorie péripatéticienne de l’acte et de la puissance a légué à la philosophie de la nature le principe de l’évolution, et à la théodicée cette immortelle conception du mouvement de la nature suspendue à l’attraction de la cause finale. La doctrine stoïcienne de l’optimisme universel a légué à la philosophie entière le principe de la finalité immanente. La théorie alexandrine de l’unité a légué à la métaphysique le principe de la création universelle par l’émanation et le rayonnement de ce soleil suprême qui est le bien : conception plus intelligible que le dualisme et la création de nihilo. Tous ces principes ont survécu au discrédit des systèmes qui sont allés se perdre dans les abstractions réalisées, les subtilités d’analyse, les excès de logique et les ivresses d’extase mystique. Ils ont formé une tradition métaphysique que la philosophie moderne reprendra pour la développer et la transformer par les enseignemens d’une science plus complète et plus précise. Quelque jugement que l’on porte sur une telle philosophie, il est impossible de n’y voir qu’une aberration de l’esprit métaphysique à la recherche de vaines entités.

Si la métaphysique moderne en fût restée à la scolastique, elle eût pleinement justifié l’arrêt de l’école positiviste. De graves et profonds esprits, tels que Scot Erigène, Averroès, saint Anselme, saint Thomas d’Aquin, saint Bonaventure, méritent assurément de ne point être confondus avec ces dialecticiens subtils qui firent retentir l’école du bruit de leurs stériles discussions, bien que leurs savans commentaires des œuvres et des doctrines de l’antiquité n’aient point ajouté à la tradition métaphysique de nouvelles pensées et de nouveaux principes. Dans l’œuvre propre de la scolastique, on ne peut guère voir autre chose qu’une philosophie de mots, où l’on retrouve encore les plus fortes facultés de l’esprit humain s’usant dans un labeur ingrat. Bien avant le positivisme, Leibniz avait jugé cette scolastique qui, prenant « la paille des mots pour le grain des choses, faisait des termes généraux par