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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/859

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En approchant de l’île de Java, on apprit que trois navires français venaient d’y débarquer mille hommes de troupes. Les Anglais, de leur côté, opérèrent leur descente le 6 août, au village de Chillingching, dans la baie de Batavia, et l’attaque eut lieu le 26 du même mois, contre la forteresse de Cornelis, à une certaine distance de la ville, où les troupes françaises s’étaient concentrées. Disons simplement que la lutte fut acharnée et qu’après plusieurs brillans combats, le général français Janssens, qui commandait le fort, obligé de se rendre, fut fait prisonnier avec toute la garnison. L’île de Java, annexée à l’Angleterre et gouvernée dans les mêmes conditions que les autres possessions de l’Inde, ne fut rendue à la Hollande qu’au moment de la conclusion de la paix générale.

Lord Minto se plaît, dans ses dépêches, à faire l’éloge de la bravoure des Français et particulièrement de leur commandant, le général Janssens. Lorsque ce dernier partit comme prisonnier de guerre, le gouverneur-général eut soin de prier lady Minto de le traiter avec les plus grands égards. Jamais ces formes courtoises envers tous ceux qui l’approchaient ne lui firent défaut, et nous nous reprocherions d’avoir esquissé la biographie de lord Minto sans faire ressortir ses qualités attachantes, en même temps que nous avons essayé d’apprécier les actes qui ont fait honneur à sa fermeté, à son activité et à l’esprit de justice dont il ne s’est jamais départi.

Après avoir réglé l’administration de Java, qui a largement prospéré durant la courte domination de l’Angleterre, lord Minto se réembarqua pour retourner aux Indes. Dans les derniers temps de son séjour à Batavia, il avait reçu la triste nouvelle de la mort du plus jeune de ses fils, William Elliot, qui venait de succomber à une maladie de poitrine. A cette douleur si cruellement ressentie par son cœur. tout paternel, il faut ajouter la pénible surprise qu’éprouva lord Minto, lorsque, à son arrivée à Calcutta, il ouvrit les dépêches venues de Londres. Nulle mention n’y était faite des événemens considérables dont il pouvait justement s’attribuer l’honneur : la prise des îles Maurice et Bourbon et la répression de la sédition militaire. Un tel silence de la part du ministère lui était d’autant plus sensible qu’il avait conscience d’avoir, au prix de beaucoup de fatigues et de dangers, rendu tout récemment à son pays, par la prise de Java, un nouveau et plus signalé service. Il s’en plaint à lord Melville, et, malgré la modération du langage, on sent qu’il est profondément peiné de l’ingratitude du gouvernement. Voyant les choses de près, sa fille aînée essaie de lui expliquer ce désobligeant oubli par les divergences d’opinion qui régnaient entre les différens pouvoirs se partageant alors l’administration des Indes. Pour ne choquer personne, le ministère avait pris le parti du silence,