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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/857

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beautés très brunes qui dansent, flirtent et s’habillent comme nos Européennes. Il n’y a d’Anglais ici qu’un commandant et quelques officiers à la tête de la petite garnison, composée des cipayes du Bengale… J’ai donné la liberté à tous les esclaves qui appartenaient au gouvernement, en leur laissant la faculté de rester dans leur premier état s’ils le préfèrent… L’esclavage est ici la source de monstrueux abus. Un débiteur insolvable devient l’esclave de son créancier et toute sa famille avec lui si la somme est considérable. Un homme peut mettre comme enjeu d’un pari sa femme, ses enfans et lui-même… La famille d’un condamné tombe en esclavage… J’espère arriver à mettre une entrave à ces horreurs.

Un jour, un rajah de la côte de Balli imagina de faire cadeau à lord Minto de sept esclaves ; garçons et filles, dont le plus âgé n’avait que treize ans. Assez embarrassé de ce présent qu’il ne pouvait refuser, il prit soin de ces orphelins, et deux d’entre eux sont restés au service de sa famille. Une autre fois c’est un présent d’une nature peu différente qui lui est offert, ainsi qu’il le raconte en plaisantant :

Le sultan de Pontiana, dit-il, un chef puissant de l’île de Bornéo, vient de m’octroyer un esclave de plus… Ce personnage, l’esclave, est le vrai orang-outang, dont le nom, eh malais, signifie l’homme sauvage, et, de fait, il ressemble d’une manière effrayante à un homme, c’est-à-dire à un Malais… Bien des gens prétendent sérieusement que l’orang-outang est le premier père de la race malaise.

C’était vers l’année de la naissance de Darwin que lord Minto s’amusait à noter ces ressemblances fantaisistes. Aux types singuliers qui l’entouraient il convient d’ajouter ceux que renfermaient les cadres mêmes de l’armée des Indes et qu’un jeune musulman, nommé Abdulla, faisant alors partie de l’expédition, a rassemblés dans les pages naïves d’un ouvrage récemment publié en Angleterre. Voici comment il décrit les caractères de ces diverses races :

Il y avait là des Hindous et des musulmans venus de toutes parts. Les uns mangeaient comme des chiens, c’est-à-dire en lappant leur nourriture avec la langue ; d’autres, dès qu’ils s’apercevaient qu’on les regardait, jetaient de côté leur manger et s’élançaient avec fureur contre l’indiscret… J’en ai vu qui s’attachaient un fil serré autour de la ceinture avant le repas et ne cessaient de manger que quand le fil, trop tendu, venait à se rompre. Il y en avait qui prenaient du sable rouge et blanc, s’en barbouillaient la poitrine et en mettaient trois petites plaques sur leurs bras et leur front, puis se saluaient les uns les