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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/852

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composée en grande partie de mahométans et agissant dans l’ombre à l’aide de moyens mystérieux, était d’autant plus redoutable que son principal mobile était le fanatisme religieux et politique. Après avoir trop longtemps répandu la terreur dans les provinces qu’elle infestait, elle a fini par en disparaître presque complètement.

Un autre objet de nature bien différente dut également attirer l’attention du gouverneur général. Dans un zèle de propagande, aussi louable qu’intempestif, des missionnaires protestans, sous la direction d’un certain Dr Carey, de la secte anabaptiste, s’étaient établis à Serampore. Là ils avaient fondé des écoles pour la jeunesse et une imprimerie d’où sortaient des traductions de la Bible dans tous les dialectes de l’Inde et un grand nombre de ces tracts ou opuscules religieux contenant des attaques violentes contre les croyances des Hindous et des musulmans. De plus, ces missionnaires se faisaient un devoir d’ajouter les paroles aux écrits en allant prêcher au milieu des populations indigènes, dont le gouvernement anglais s’était engagé à respecter les croyances. Le gouverneur-général se trouvait placé dans une position délicate, ayant aménager des intérêts aussi sacrés, et s’il réussit à s’en tirer d’une manière aussi loyale que prudente, ce ne fut pas sans exciter de grandes clameurs de la part du comité protestant de Londres, qui attaqua vivement ses décisions. Il s’était borné à défendre toute polémique et momentanément toute manifestation extérieure, sans interdire toutefois la publication des livres saints, à la condition qu’ils ne seraient accompagnés d’aucun commentaire. Un peu plus tard, sa tolérance s’étendit même, contre l’avis du conseil, jusqu’à permettre aux missionnaires de parcourir les provinces situées entre Agra et Delhi. Cet incident fit grand bruit, et, bien qu’approuvée secrètement par le ministère, la prudente conduite de lord Minto fut jugée assez diversement par la société anglaise.

Pendant le cours de l’année 1809, quelques troubles survenus parmi les tribus barbares qui occupaient encore les plateaux du Deccan soulevèrent la question de la politique de non-intervention que lord Minto s’était appliqué à pratiquer depuis qu’il occupait son poste. Le Deccan compte dans les présidences de Bombay et de Calcutta un certain nombre de provinces dont Aurungabad, la principale, est administrée par les Anglais pour le compte du nizam d’Hydérabad. Le protectorat de l’Angleterre rencontre rarement de l’opposition dans cette partie de la péninsule asiatique. Cette fois il était à craindre que la rébellion des tribus montagnardes ne s’étendît plus loin et ne détachât de l’alliance anglaise quelques-uns des états limitrophes. Le chef des insurgés, Emir-Khan, était un aventurier de la tribu des Pathans, bien connu par sa férocité, et