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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/848

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l’Afghanistan, après tant de combats, après avoir depuis trente années entouré ses frontières d’une ligne de postes militaires sur une longueur de plusieurs centaines de milles, les Anglais, par le seul fait d’avoir voulu établir un résident anglais à Caboul, se trouvent encore aux prises avec des difficultés non moins tragiques et dont le dénouaient est encore si incertain à l’heure où nous écrivons ?

M. Elphinstone, en quittant Delhi au mois d’octobre 1808, allait passer par les mêmes lieux, voir les mêmes spectacles et traverser presque les mêmes incidens que rencontre aujourd’hui la marche de l’armée anglaise, mais la sienne ne devait pas en être entravée parce qu’il pénétrait, pour ainsi dire, par surprise dans un pays qui ne s’était pas encore soulevé contre la domination étrangère. La cour de Caboul passait alors pour la plus civilisée de ces cours asiatiques. C’est en raison de cette suprématie que le gouverneur-général envoyait auprès de son souverain, Shah-Soujah, une mission plus nombreuse et plus brillante que celle qui avait à traiter avec le monarque guerrier de Lahore. L’ambassadeur et sa suite, contournant le Penjab, durent traverser une partie du désert qui s’étend entre Delhi et le cours de l’Indus. Ils gagnèrent ensuite Bikanir (l’ancienne Gathéri du temps d’Alexandre), ville aussi grande que Delhi, fortifiée par de hauts remparts au-dessus desquels s’élancent une foule de minarets et de coupoles qui attestent sa richesse. A partir de ce point, la mission entra sur le territoire de l’Afghanistan. Elle fit halte à Moultan, la ville sainte, d’où M. Elphinstone dépêcha à l’émir de Caboul, alors à Candahar, un messager porteur d’une lettre par laquelle il l’informait de son arrivée et lui demandait une escorte.

Cette notification fut reçue avec surprise et débattue en conseil par l’émir et ses ministres, mais les conjonctures où se trouvait alors le gouvernement de Caboul étaient assez pressantes pour l’engager à écouter les propositions de l’Angleterre, dans l’espoir de s’assurer une alliance utile contre les attaques des peuples voisins et contre les dangers d’une guerre intestine dont il était menacé. L’émir fit savoir à M. Elphinstone qu’il le recevrait à Peshawer, et la mission, traversant l’Indus, se remit en marche par des contrées où le souvenir des guerres d’Alexandre se confond encore à chaque pas avec les traditions locales. A cette antique célébrité l’histoire pourra ajouter les faits tristes et glorieux du temps présent. Le sol foulé par les premiers pas des envoyés de lord Minto s’est depuis couvert des tombes de ces héros ignorés, la fleur de l’armée anglaise, qui naguère guidaient dans ces lieux leurs bataillons décimés. Sous les vieux sycomores, à, l’ombre desquels se reposa un instant la suite de M. Elphinstone, près des belles sources du Kurrum,