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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/844

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adressées à sir R. Dundas et qui attestent un véritable sens politique, nous relevons cette réflexion dont l’événement a prouvé la justesse : « Aussi longtemps, écrivait-il, que Napoléon sera engagé dans une guerre sur le continent, le projet de porter ses armes du côté de l’Orient restera inexécutable, mais, dès que la paix avec la Russie et les autres puissances européennes aura rendu ses forces militaires disponibles, elles pourront pénétrer en Perse et ce n’est pas là une entreprise qui dépassât la forte volonté et l’énergie du maître de la France. »

Sans attendre les ordres du ministère, lord Minto s’occupa immédiatement des mesures défensives à prendre. Elles étaient, naturellement, subordonnées au plan d’attaque que le lecteur a besoin de se rappeler afin de se rendre compte de la situation. Les Anglais croyaient savoir qu’en vertu d’un arrangement secret conclu à Tilsitt, une armée persane, forte de trente mille hommes et appuyée par un corps de cosaques, devait se réunir à Astrakan au printemps de 1808, traverser la province au nord de la Perse et soutenir les opérations d’une armée française qui, sous les ordres du général Menou, s’avancerait simultanément à travers les provinces turques, avec le consentement de la Porte. Pour fournir à l’approvisionnement de troupes aussi nombreuses, venant du nord et de l’est, le gouvernement français avait projeté de s’assurer d’un port à l’entrée du Golfe-Persique, correspondant avec l’île Maurice (alors île de France). Toutes ces mesures semblaient devoir concourir au succès d’un plan d’autant mieux combiné que le shah de Perse, tout disposé à s’y associer, venait d’accueillir favorablement une brillante ambassade française, tandis qu’il avait à peu près éconduit l’envoyé anglais venu pour sonder ses dispositions.

La situation isolée de l’Angleterre en Europe pouvait à ce moment donner quelques chances de succès à une entreprise contre sa puissance en Orient. Sauf la Suède, la Grande-Bretagne ne possédait plus une seule alliance sur le continent, et l’empereur Napoléon ne pouvait choisir un meilleur moment pour entrer en lutte avec son orgueilleuse rivale. Ce n’était à ses yeux qu’une juste représaille contre l’audace de l’Angleterre, qui, dans cette même année 1807, pour répondre au blocus continental si nuisible aux intérêts de. son commerce, n’avait pas hésité à bloquer le détroit du Sund, à attaquer les Danois nos alliés, à incendier leur flotte et à bombarder Copenhague. Le prétexte était donc au moins plausible et, bien qu’aventureuse, cette grande expédition avait l’approbation de quelques esprits politiques mis dans le secret et parmi lesquels il faut, dit-on, compter le prince de Talleyrand. Comment se représenter les conséquences, qu’auraient eues à cette distance le