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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/824

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n’invente pas le droit, mais il y fait des découvertes : astronome d’un ciel moral où chaque époque semble avoir pour tâche de trouver de nouveaux mondes.

C’est dans la partie philosophique du droit industriel considéré dans ses rapports avec le droit civil qu’on doit chercher l’expression précise de ces pensées. De tels principes en effet, fécondés par la méditation, fortifiés par l’expérience, appliqués chacun à part ou se prêtant un appui mutuel, donnent la clé de bien des questions groupées autour de ce sujet immense : le travail. L’auteur examine à cette lumière l’esclavage, le régime du privilège, et ce système de tutelle appliqué aux intérêts et aux activités individuelles trop facilement accepté par l’ancienne tradition juridique. En traitant du droit industriel dans ses rapports avec les personnes, M. Renouard résout une foule de questions pratiques à l’ordre du jour. On ne les aurait pas soupçonnées toujours sous ces titres philosophiques : des personnes individuelles ; volonté et action ; limites de fait et de droit à la liberté ; sociabilité, inégalité des faits et égalité des droits ; charité, travail, exercice, division et distribution des fonctions et des tâches ; peines et travail pénal ; liberté individuelle et contrainte par corps. On ne rencontrerait nulle part ailleurs tant d’aperçus neufs et décisifs sur ces questions et sur les personnes collectives, la famille et l’état.

Les attributs de l’état sont plus étendus par M. Renouard qu’ils ne le sont par la plupart des économistes ; mais l’étude sur les associations volontaires paraîtra particulièrement opportune et féconde si on se rapporte au moment où elle fut écrite. Exaltée par le socialisme qui la porte aux derniers abus, l’association avait été sacrifiée à l’excès par les économistes du XVIIIe siècle en haine des corporations. La révolution s’en était défiée sans mesure. M. Renouard la relève d’une main vigoureuse. Le mélange de droit et d’économie politique est surtout frappant dans les recherches auxquelles il se livre sur le domaine immatériel et matériel. La propriété et le capital y sont examinés selon leurs différens modes de possession, d’échange et de transmission héréditaire. Les lois de succession y trouvent la place que leur assignaient les changemens importans introduits par la révolution française. C’est un trésor d’observations pour le publiciste comme pour le jurisconsulte, je dirais volontiers une sorte d’arsenal où les vérités, ayant la forme d’axiomes, et libellées comme des arrêts, n’ont qu’à être transportées dans le champ de la discussion pour y devenir d’excellentes armes de combat. Nous émettons le même jugement sur tout le livre relatif au domaine privilégié. C’est une étude également neuve par le sujet et par l’esprit qu’y porte le commentateur. La législation a ici