Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/809

Cette page n’a pas encore été corrigée


marquée avec équité et avec soin. Ceux qui sont au courant de cet ordre de recherches savent à quel point M. Charles Renouait a imprimé sa trace dans l’étude philosophique d’une partie du droit à laquelle il a donné le nom de « droit industriel. » C’est là sa part d’originalité. Elle est dans cette alliance de la science juridique et de l’économie politique, qui n’intéresse pas la pratique moins que la théorie. Œuvre difficile autant qu’utile et opportune. A vrai dire, l’attitude de ces deux sciences, l’économie politique et le droit, vis-à-vis l’une de l’autre, n’était pas précisément bienveillante. On pouvait le voir dans les académies et dans d’autres assemblées, où il s’engagea plus d’une fois des débats qui, sans en venir, comme cela n’aurait pas manqué d’arriver en d’autres temps, aux polémiques violentes, laissaient se produire des jugemens plus que sévères et les appréciations les moins obligeantes. C’est ainsi que le droit contestait à l’économie politique le titre même de science à cause de ses controverses intérieures et de ses points discutés, ce qui n’était peut-être pas très juste et très à propos, rien n’ayant donné lieu plus que le droit lui-même aux guerres intestines et aux opinions contestables, comme il s’en trouve d’ailleurs dans toutes les sciences morales et sociales. Il reprochait aussi à cette science jeune, et fière à bon droit de ses succès dans ce qu’on peut appeler l’œuvre économique de 1789, des allures un peu conquérantes et envahissantes. M. Renouard n’eut jamais pour l’économie politique de telles ambitions encyclopédiques. Il ne réclama pour elle que sa place dans des questions où elle avait en effet voix au chapitre. Mais là même il y avait des luttes à prévoir. On ne dérange pas impunément des positions acquises, des idées reçues. Le droit regardait et avait toujours regardé comme étant de sa compétence exclusive des questions où l’économie politique faisait invasion, et où elle apportait des solutions nouvelles en contradiction avec les enseignemens les plus consacrés. Je ne veux en citer qu’un exemple, qui serait à lui seul assez concluant ; je veux parler de cette question de l’intérêt du capital qui, d’Aristote aux pères de l’église, depuis les jurisconsultes romains jusqu’aux nôtres, et depuis le XVIIe siècle jusqu’aux controverses si vives de Bastiat et de Proudhon, a tant occupé, tant embarrassé, tant passionné les esprits. Quelle pierre d’achoppement quand un Turgot, un Bentham apportèrent des idées qui assimilaient l’argent à une marchandise et ce genre de prêt à celui de tout autre instrument de travail ! La théorie du prêt gratuit, que nos jurisconsultes avaient si énergiquement soutenue, tout en la faisant peu à peu plier, à l’aide d’argumens bien subtils, aux nécessités devenues impérieuses de l’industrie et du commerce,