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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/797

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morale du théâtre d’Epicharme. Il nous est parvenu quelques anecdotes sur son séjour à Syracuse. Deux nous font entrevoir que les rapports avec Hiéron n’étaient pas toujours faciles ; elles nous montrent par quelles duretés, au milieu de ses faveurs et de ses magnificences, s’échappait parfois l’orgueilleuse et violente nature du tyran. Une troisième anecdote est d’un intérêt plus intime, parce qu’elle nous donne bien le ton de la sagesse sereine du poète moraliste, instruit par la méditation et par l’expérience de la vie. Vers la fin de sa longue carrière, il était un jour assis sous un portique avec des vieillards de son âge : « Je ne voudrais plus que cinq ans de vie, se mit à dire l’un d’eux. — Trois me suffiraient, dit un autre. — Quatre, reprit un troisième. — Mes bons amis, interrompit Épicharme, à quoi bon vous disputer pour quelques jours ? Nous tous, que le sort a rassemblés ici, nous sommes au couchant de la vie : pour nous tous il est donc temps de partir au plus vite, avant que nous ayons à souffrir de quelqu’un des maux attachés à la vieillesse. » Voilà, dans son application simple et personnelle, cette science morale qu’Épicharme avait enseignée dans ses comédies.


III

Une étude où l’on aurait pu réussir à déterminer les élémens et la nature du comique dans Épicharme aurait pour conclusion naturelle une définition de l’art chez cet inventeur de la comédie. De quelles formes avait-il revêtu ces œuvres qu’il créait ? quelles qualités de composition y avait-il introduites ? On se demanderait enfin ce que lui doivent Aristophane et Ménandre, les grands noms de la comédie attique. On conçoit l’intérêt qui s’attacherait à des recherches qui conduiraient à une appréciation plus exacte des chefs-d’œuvre du genre, et combien il est regrettable qu’elles ne puissent être sérieusement entreprises. La matière manque ; le poète lui-même, détruit par le temps, se dérobe à nous ; il nous livre si peu de son œuvre que ce n’est guère qu’à l’aide d’indices extérieurs que l’on peut hasarder quelques réponses à ces questions.

Il faut d’abord se représenter Epicharme dans les conditions où il composait ses comédies, admis à la cour polie et magnifique de Gélon et de Hiéron, les princes les plus puissans et les plus riches de la Grèce, avec cette élite de génies, Simonide, Pindare, Eschyle, dont la présence, plus d’une fois renouvelée, y suppose le goût et l’intelligence de tout ce que la poésie put mettre dans ses plus