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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/796

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la réalité présente ne pénétrera sur la scène qu’avec les allures respectueuses qu’elle s’impose dans les pièces lyriques qui se chantent en l’honneur des victoires remportées aux grands jeux de la Grèce. C’est ainsi que, dans la comédie la Fête et les Iles, Épicharme se rencontre avec Pindare pour célébrer l’intervention bienfaisante par laquelle Hiéron venait de protéger les Locriens contre les menaces d’Anaxilas de Rhégium.

Épicharme alla-t-il dans son travail d’invention comique jusqu’à réunir et concentrer les traits d’observation morale ou de satire pour en former des caractères ? Quelques titres : le Paysan, l’Homme supérieur, la Mégarienne (qui fait penser à l’Andrienne de Ménandre et à d’autres titres analogues de la moyenne et de la nouvelle comédie), ne suffisent pas pour autoriser la supposition qu’il y eût dans ces pièces l’étude plus ou moins approfondie d’un personnage. Mais, à défaut de caractères nettement tracés, un fort joli fragment d’une comédie intitulée : l’Espérance, ou Plutus, nous fournit la première esquisse d’un type, celui du parasite, que les comiques latins devront souvent reproduire à l’imitation des Grecs. Le personnage, qui a été dépeint d’avance faisant dans un banquet l’éloge de la frugalité et avalant d’un trait une grande coupe de vin, expose lui-même son genre de vie :

« Je dîne avec qui veut : il n’y a qu’à m’inviter ; et aussi avec qui ne veut pas : nul besoin d’invitation. A table, je suis plein d’esprit, je fais beaucoup rire et je loue le maître de la maison. Si quelqu’un s’avise de me contredire, j’accable d’injures le contradicteur. Et puis, après avoir bien mangé et bien bu, je m’en vais. Un esclave ne m’accompagne pas avec une lanterne ; mais je marche tout seul, en trébuchant dans les ténèbres. Si je rencontre la garde, je mets sur le compte de la bonté divine d’en être quitte pour quelques coups de fouet. Et quand je suis arrivé chez moi tout moulu, je dors par terre sans m’inquiéter de rien, tant que le vin pur engourdit mes sens. »

Il y a loin de ce pauvre homme, philosophe à sa façon, à l’Ergasile de Plaute, le convive invocatus) endurci aux soufflets et aux coups de pots brisés sur son front, et surtout au Gnathon de Térence, florissant exploiteur de la sottise des riches. Ce ne sont pas encore les brutalités des mœurs romaines, ni les impudentes forfanteries et les amplifications chargées où se complairont les Latins ; mais ce peu de traits ont un air de vérité simple qui intéresse et se maintiennent dans ce ton de mesure discrète qui sied bien au moraliste grec.

C’est le caractère tempéré qui domine dans nos fragmens, et l’on est disposé à croire qu’il en est de même dans toute la partie