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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/795

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penseur préoccupé de discipline intérieure et de pieuse direction de la vie pratique. Il suffit de choisir quelques citations pour retrouver plusieurs des principales lignes de la morale d’Épicharme.

« Une vie pieuse est le meilleur viatique pour les mortels. — Rien n’échappe à la divinité, il faut que tu le saches bien ; — Dieu est lui-même notre surveillant ; rien n’excède sa puissance. — Les dieux nous vendent tous les biens au prix des fatigues. »

Avec cette idée d’un gouvernement divin, attentif et exigeant, va celle d’un gouvernement de soi-même qui rend indépendant de l’incertitude de la destinée :

« Que tes pensées conviennent à une longue vie comme à une courte. »

L’empire sur les passions, la méditation, les bonnes habitudes, un régime moral qui forme le caractère et donne l’égalité d’âme, voilà les vrais moyens d’éviter les fautes et de trouver le bonheur :

« Ce n’est pas la passion, c’est l’esprit qui doit dominer. — Avec la colère, nul ne prend sur rien une bonne décision. — Amis, les soins répétés donnent plus qu’une bonne nature. — Le caractère est le bon génie des hommes ; ce peut être aussi leur mauvais. »

Une de ces maximes représente bien le sage antique réfléchissant dans le calme, quand il est libre des distractions de la journée :

« Toutes les pensées sérieuses se découvrent plutôt pendant la nuit. »

Mais ce sage qui publie sa sagesse par la bouche de la comédie ne se tient point en dehors de la vie active ni de ses conditions, souvent difficiles dans ces temps d’annexions violentes et de tyrannies dominatrices. De là des conseils de prudence pratique ; par exemple celui-ci, devenu célèbre chez les anciens et cité par Cicéron comme une parole précieuse de l’avisé Sicilien :

« Sois sobre et souviens-toi de te défier : ce sont les nerfs de la sagesse. »

Et encore :

« Pour juger un homme, sache comment il se conduit avec autrui. — Il est bon aussi de se taire en présence des puissans. »

Un pas de plus, et nous sortons tout à fait de la morale générale, pour retrouver la comédie, alimentée par les travers des hommes et moralisant par la satire :

« Tu n’es point habile à parler, mais impuissant à te taire. — Tu n’es point humain, mais malade : tu donnes pour ton plaisir. »

Voilà le bavard et le prodigue. Ici et dans quelques autres fragmens, règne le ton modéré qu’adoptera la comédie nouvelle. Rien ne fait songer aux excès ni aux personnalités de la comédie politique. S’il se rencontre une allusion à un fait ou à un personnage,