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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/782

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temps d’Aristoxène, le disciple d’Aristote, son nom ait été frauduleusement inscrit en tête de livres renfermant des idées pythagoriciennes, comme cette République, dont le véritable auteur était, paraît-il, un joueur de flûte nommé Chrysogonos ?

« Nous vivons par le nombre et par la raison : ces deux choses font le salut de tous les mortels. »

Voilà un vers de ce poème. D’autres, qui viennent peut-être de la même source, car Clément d’Alexandrie, qui les cite comme d’Épicharme, lui attribuait la République, ont un caractère analogue ; par exemple ceux-ci :

« Si tu as l’esprit pur, pur est tout ton corps. »

« Si ton esprit est pieux, tu ne saurais souffrir aucun mal après fa mort : le souffle qui t’anime se fixera en haut dans le ciel. »

« Voilà la définition de l’homme : une outre gonflée. »

C’est-à-dire qui se vide et s’affaisse, quand elle est abandonnée par le soufflé qui la soutenait. Citons encore deux vers conservés par Plutarque et sans doute authentiques ; il y est question d’un mort :

« L’union qui s’était formée s’est dissoute, et il s’en est retourné là d’où il était venu, la terre à la terre, le souffle en haut : qu’y a-t-il là de pénible ? Absolument rien. »

L’âme, d’après une proposition pythagoricienne, est une particule détachée de l’éther. Il y a quelque rapport entre cette pensée et l’assertion de Ménandre d’après laquelle Épicharme disait que les dieux étaient les vents, l’eau, la terre, le soleil, le feu, les astres, et qui, sous une forme peu scientifique, renfermait sans doute une allusion aux quatre ou aux cinq élémens primitifs admis par les pythagoriciens. Ce n’est pas le lieu d’interpréter en détail, ni le témoignage, ni les autres textes. Il nous suffit de remarquer que les fragmens philosophiques d’Épicharme, plus ou moins authentiques et portant plus ou moins la couleur pythagoricienne, contribuent à nous le faire voir à la place secondaire, mais honorable, où le mettait l’estime des anciens, dans le cercle où rayonna d’abord l’enseignement de Pythagore, entre le maître et un autre philosophe inspiré, le Sicilien Empédocle.

L’examen des fragmens d’Épicharme au point de vue philosophique n’a qu’une médiocre importance, car on n’y trouve rien qui soit de nature à éclairer le pythagorisme, ni qui révèle une puissante originalité. Il y a peut-être plus d’intérêt à rechercher au point de vue de l’art sous quelle forme le poète avait exprimé cet ordre d’idées dont il est pour nous l’interprète assez imprévu. Était-ce dans ses comédies ? était-ce dans un poème distinct ?

La première opinion, développée surtout par Grysar, dans son