Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/781

Cette page n’a pas encore été corrigée


elle-même, une et indivisible. Dans ce mouvement de la pensée grecque, si active à cette époque, un esprit comme celui d’Épicharme s’éveillait à bien des impressions qui lui suggéraient des idées et des formes. Il se faisait ainsi comme un fonds commun où se reconnaît souvent l’esprit philosophique en général plutôt qu’une doctrine déterminée. Ainsi, ce n’est pas particulièrement un pythagoricien ou un disciple d’Héraclite, c’est en général un penseur qui, dans un petit dialogue d’un ton familier, se sert des procédés d’une dialectique élémentaire pour distinguer l’abstrait du concret, l’art de l’artiste et enfin le bien de l’honnête homme, en concluant que le bien existe en soi, et qu’on apprend à devenir honnête homme, comme à devenir danseur ou joueur de flûte. De même, c’est simplement un moraliste observateur qui dit dans un autre fragment que chaque espèce d’être se considère elle-même comme ce qu’il y a de mieux au monde : « Rien n’est plus beau pour l’homme que l’homme, pour le chien que le chien, pour l’âne que l’âne, pour le porc que le porc. » Nous ignorons si cette observation le conduisait jusqu’à l’argument de Xénophane contre l’anthropomorphisme :

« Si les bœufs et les lions avaient des mains, si avec ces mains ils peignaient et faisaient des ouvrages comme les hommes, ils représenteraient les dieux sous des formes et avec des corps semblables aux leurs : les chevaux les feraient semblables aux chevaux, les bœufs semblables aux bœufs. »

En tout cas, il n’y a pas là matière à des recherches profondes, et c’est bien vainement qu’un certain Alcimus prétendait découvrir dans ce texte et dans d’autres, cités plus haut en grande partie, la preuve qu’Epicharme avait été un précurseur de Platon, fort utile au grand philosophe.

Il y a une observation générale qui s’applique à toutes ces interprétations philosophiques d’Épicharme, c’est que nous ne sommes pas sûrs de posséder l’expression de sa pensée personnelle. Est-ce lui-même, est-ce un de ses personnages qui parle dans ces fragmens isolés que le hasard nous a transmis ? Il est souvent difficile de le savoir. Le seul point qui reste bien établi, c’est qu’il subit surtout l’influence pythagoricienne et qu’il la subit profondément. C’était la croyance de toute l’antiquité. S’il en avait été autrement, comment Ennius aurait-il eu la pensée d’intituler Epicharme le poème où il exposait des idées attribuées à Pythagore ? Soit qu’il eût imité un ouvrage analogue du poète grec, soit que, comme le veut M. Vahlen, l’excellent éditeur d’Ennius, il l’eût fait parler comme un interprète, du maître, dans les deux cas la conclusion est la même. Comment s’expliquer. aussi, à moins d’admettre sa célébrité comme pythagoricien, que de bonne heure, dès avant le