Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/773

Cette page n’a pas encore été corrigée


Un des regrets qu’expriment le plus souvent les amis des lettres grecques, c’est que nous n’ayons plus les comédies de Ménandre. On ne peut dire cependant qu’elles nous soient complètement inconnues : le demi-Ménandre latin, Térence, nous donne au moins le reflet de ces qualités aimables et délicates dont nous voudrions voir dans l’original athénien la brillante et vive floraison. Il y a dans le même genre une perte plus complète et presque aussi regrettable, c’est celle des comédies d’Épicharme. Ici, au lieu d’imitations qui sont elles-mêmes des chefs-d’œuvre, nous n’avons que des indices, de vagues témoignages, quelques vers sauvés par le caprice du hasard ; mais ces faibles débris et ces souvenirs incomplets font entrevoir l’intéressante figure d’un poète créateur qui, dans des conditions très particulières et avec des élémens contradictoires, a frayé à l’art une voie régulière ; révélé, semble-t-il, ce que, sous les formes grossières et licencieuses de ses premiers essais, il contenait en lui de force pénétrante et de noblesse ; marqué enfin pour l’avenir ses caractères les plus durables. Par malheur, de pareils mérites se concluent ou se laissent deviner plutôt qu’ils ne se voient. Pour les apercevoir avec quelque netteté, il faut d’abord restituer, et souvent dans le vide ; mais cette