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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/77

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donc maintenant, et où est le patriotisme des partis ? Nous n’avons pas, nous autres républicains libéraux et conservateurs, de ces mots-là à jeter au peuple ; nous ne savons lui parler que de liberté, de justice, de la paix des âmes, de l’union des cœurs dans un commun amour de la patrie. Voilà des mots d’ordre qui s’adressent aux nobles sentimens, aux vrais intérêts du pays ; s’ils ne suffisent point à l’imagination populaire, à laquelle il faut autre chose que des vérités abstraites, nous n’aurons pas besoin d’évoquer le spectre rouge contre le spectre noir. Nous n’aurons qu’à lui montrer la hideuse réalité de la commune qui a profané nos églises, démoli nos monumens, fusillé nos généraux, nos soldats et nos prêtres, incendié nos maisons. Celle-là est encore vivante dans le cœur de ceux qui reviennent de l’exil pour la glorifier. Bien des insensés sont rentrés la tête haute et tout fiers de leurs œuvres. Et comment en auraient-ils le regret quand ils voient accourir des foules pour saluer les victimes de la justice des conseils de guerre ? Nous ne crierons point au pays, comme nos jacobins : Voilà l’ennemi ! en montrant des Français. Nous dirons seulement : Voilà le danger ! il est où l’on menace, non où l’on prie. Le pays ouvrira enfin les yeux et les oreilles. Au cri jacobin : Guerre à l’église ! paix à la commune ! il répondra : Guerre à la commune ! paix à l’église ! S’il en était autrement, tout serait dit ; les vrais amis de la république n’auraient plus qu’à attendre, dans une inquiète et douloureuse résignation, les dernières leçons de l’expérience. Dieu veuille que ces leçons ne coûtent pas trop cher à notre pauvre pays ! Nous ne pouvons croire que la bienfaisante fée qui a si richement doté ce peuple, qui lui a donné l’intelligence, l’esprit, le talent, un courage porté jusqu’à l’héroïsme, ait oublié à ce point le bon sens, qui seul sait faire usage de tous ces dons.


E. VACHEROT.