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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/76

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républicains que la passion n’aveugle point. Le mal dont la France souffre en ce moment, comme la république, la France en guérira par un remède quelconque. Mais la république peut en mourir. Sera-ce d’une fièvre aiguë ou d’une fièvre lente ? Qu’importe ! Comme nous sommes de ceux qui n’ont aucun goût pour l’homéopathie politique, et que nous voulons la guérison par les contraires, non par les semblables, nous comptons que le despotisme jacobin sera vaincu par la liberté, non par une dictature césarienne. La république vivra donc ; mais elle ne vivra qu’en rentrant dans les voies de liberté, de justice, de paix sociale où- seulement elle peut trouver le salut et l’honneur. Dans la campagne qui vient de s’ouvrir sous le drapeau de la république libérale, on aura besoin d’une énergique initiative, d’une persévérante activité, d’un suprême effort pour réussir. A quoi sert de le dissimuler ? Cette campagne sera rude et laborieuse. Il y faut l’union de tous les républicains libéraux qui ne veulent du jacobinisme sous aucune de ses formes. Il y faut l’entente des conservateurs de toute origine devant le péril commun. Rien n’est possible, s’ils veulent entrer ; dans la lutte avec un autre drapeau que celui de la république. Il y faut l’organisation et la discipline qui ont fait et pourraient faire encore le succès de leurs adversaires. Il y faut enfin cette propagande vraiment populaire qui ne se borne point à des circulaires et à des discours, mais qui descend et pénètre dans les plus humbles couches du suffrage universel pour y porter le mot d’ordre vainqueur.

Quel sera ce mot d’ordre ? Il y a tout lieu d’espérer que la politique jacobine se chargera elle-même de nous le fournir. Le parti qui la pratique a excellé jusqu’ici dans l’art de choisir les mots d’ordre. Il a jeté dans les masses, aux dernières élections générales, les antithèses de république et de monarchie, de guerre et de paix, de cléricaux et de libéraux, de révolution et de contre-révolution. Il n’est pas douteux qu’il ne les mette encore en avant ; il ne manquera pas surtout d’évoquer de nouveau le vieux spectre noir. On sait à quoi s’en tenir, dans le parti, sur tous ces mots-là. On sait que ces jésuites, ces dominicains, ces prêtres de tout ordre, n’ont plus d’autre rôle, aujourd’hui, en politique, que celui de martyrs. On sait qu’ils ne se glissent plus dans les conseils des princes et des chefs de gouvernement. On sait que les familles ne les trouvent que dans leurs églises et leurs écoles et que s’ils y parlent beaucoup de Dieu, ils n’oublient pas la France. On sait que, si les élèves qui ont reçu leur enseignement sont chrétiens, ces chrétiens sont d’honnêtes gens, de bons citoyens, au besoin de vaillans soldats. On sait tout cela, et l’on n’en crie pas moins sus à l’ennemi. Sus à l’ennemi qui n’est pa£ l’étranger, — quelle langue parlons-nous