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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/71

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guerre aux jésuites soit devenue la guerre au clergé, avant que l’amnistie plénière ait amené la réhabilitation, mieux que cela, la glorification de la commune. Le parti qui tient le pouvoir ne manque ni de sens, ni de tact, ni d’habileté, quand il s’agit de saisir les occasions de plaire au suffrage universel et d’éviter les occasions de lui déplaire. On peut compter qu’il ne sera point à court d’expédiens pour esquiver ou ajourner les difficultés qu’il rencontrera sur ses pas. S’il ne s’est pas montré jusqu’ici fort habile à exercer le pouvoir, il faut convenir qu’il a déployé un talent admirable pour le conquérir et le conserver, dans les conditions du gouvernement démocratique.

Conquérir et conserver le pouvoir, c’est vraiment l’art où excelle le parti qui domine en ce moment. Nous ne voudrions pas lui appliquer un mot qui, dans notre langue politique, est devenu synonyme d’anarchie. Mais si l’on prend le mot dans son sens originel, ce n’est pas faire injure à ce parti que de dire qu’il est passé maître dans l’art de cette démagogie qui consiste à gagner la faveur populaire. Aristophane a fait du démagogue un portrait qui restera vrai dans tous les pays et dans tous les temps où règne la démocratie. Dans cette satire immortelle, il n’y a que l’esprit qui soit au poète. Tout le reste n’est que l’expression d’une vérité universelle. Seulement, entre l’art de la démagogie ancienne et l’art de la démagogie moderne, il y a toute la différence qui distingue la démocratie grecque de la nôtre. Le peuple est partout un maître ignorant, simple et crédule, dont il est plus facile de gagner la confiance en caressant ses préjugés, en flattant ses passions, en étudiant ses goûts et ses instincts qu’en se faisant un devoir de l’instruire, de l’avertir, de le modérer, de le diriger dans la voie de la sagesse, de la justice et de la vérité. Le mot de Tacite sera toujours vrai : servir pour dominer. Instruire, avertir, diriger le peuple ! de tout temps ses faux amis ont protesté contre une prétention aussi aristocratique. Est-ce que le peuple souverain a besoin de mentors ? Est-ce qu’il n’est pas, de sa nature, sage, intelligent, instruit de tout ce qu’il doit savoir pour exercer sa souveraineté ? Est-ce qu’il s’est jamais trompé, tant qu’il n’a obéi qu’à ses propres inspirations ? N’est-ce point manquer de respect au souverain que de douter de son infaillibilité ? Et de tout temps les vrais amis du peuple ont répondu que la meilleure manière de respecter le peuple, et surtout de l’aimer, c’est de lui dire la vérité. Ils ajoutent qu’avec des conseillers sincères, la démocratie peut être le meilleur des gouvernemens, mais qu’avec des courtisans qui trompent le maître, elle en devient le pire.

Nos grandes nations modernes ne connaissent plus de