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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/666

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consentit à accorder à ces ecclésiastiques des lettres de grâce et de rémission, mais il se refusa à édicter une amnistie générale et complète.

De graves abus s’étaient introduits dans certains ordres religieux, où l’esprit de révolte se répandait comme dans les autres classes de la société. Les moines étaient loin d’être tous du côté des orthodoxes. Le jansénisme avait recruté dans leurs rangs plus d’un partisan ; la science de quelques-uns s’accommodait mal des décisions dogmatiques et de l’enseignement officiel du saint-siège. Pour réduire ces indisciplinés, le clergé voulait que le roi sollicitât le pape de faire procéder par une commission à la réforme de certains ordres. Cette commission, tout à la nomination du saint-père, avait l’inconvénient de lui permettre de s’ingérer plus avant dans le gouvernement de l’église de France. Le pouvoir laïque n’entendait pas se dessaisir de la surveillance de police qu’il exerçait sur les réguliers ; il craignait que les religieux, qui échappaient déjà si souvent à l’autorité des évêques, une fois que le pape leur aurait imposé une règle nouvelle, ne devinssent une milice redoutable au service de l’ultramontanisme et qu’il serait malaisé de contenir. Les ministres résistaient donc à la demande de l’assemblée ; mais les abus et les scandales que celle-ci signalait dans les mémoires qu’elle fit parvenir au roi ne pouvaient être niés, et Louis XV, qui inclinait plus que son conseil pour le clergé, alla au-delà peut-être de ce que les ministres eussent voulu. « J’approuve, en tous ses points, répondait-il, le 24 mai 1766, à la députation de la compagnie, la délibération qu’elle a prise au sujet des réguliers. Pour en faciliter l’exécution et rendre plus efficaces les sollicitations du clergé auprès du saint-siège, j’ai établi, par mon arrêt du conseil, une commission composée de prélats et de différens membres de mon conseil que j’ai chargés de me remettre sous les yeux le tableau des divers abus qui se sont introduits dans les ordres religieux. » En instituant une telle commission le roi ne se dessaisissait pas complètement de la faculté d’intervenir dans les réformes que l’assemblée demandait au pape. Quant aux jésuites, le clergé obtint moins. Ses députés avaient supplié le roi de revenir sur les mesures prises contre cette compagnie en vertu de l’édit de novembre 1764. Ils s’étaient élevés contre les arrêts des parlemens, qui en excédaient, suivant eux, les conséquences. Le gouvernement se borna à tolérer que quelques évêques les employassent dans leurs diocèses comme prêtres séculiers, et il évita de revenir sur la mesure qui les avait frappés. L’assemblée avait encore demandé le rétablissement des conciles nationaux et provinciaux. Louis XV, qui en reconnaissait l’utilité, témoigna à ce sujet de son bon vouloir. En