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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/654

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Il reconnaissait les vices des anciens départemens signalés en 1750 et 1751 par des déclarations royales et des arrêts du conseil ; il consentit à établir une nouvelle répartition. L’assemblée de 1755 nomma une commission spéciale pour y procéder. Ces opérations portèrent sur chaque diocèse. Un pouillé général fut dressé qui les comprenait tous, de façon à ce que l’on pût évaluer la somme à imposer à chacun d’eux, et c’est sur ce nouvel état que l’assemblée de 1755 arrêta le département. La mesure produisit dans le petit clergé, qui était plus en communion d’intérêts avec la masse de la nation que les gros bénéficiers, un effet salutaire. Ce petit clergé ne s’élevait pas moins que le peuple contre les habitudes de dissipation et de luxe dont tant de prélats donnaient l’exemple et qui étaient cause que l’opinion ne prenait pas au sérieux les reproches cent fois faits par les assemblées au gouvernement d’exiger pour l’état ce qui était réservé au service des autels et au soulagement des pauvres. Les velléités de réformes financières que manifesta le gouvernement en 1756 augmentèrent encore les bonnes dispositions de la représentation ecclésiastique à son égard et l’assemblée vota libéralement un subside de 16 millions. Mais cette large allocation fut vite épuisée. Il fallut peu d’années après tendre encore la main au clergé, et dès 1757 le gouvernement convoquait, pour en tirer un subside extraordinaire, une nouvelle assemblée. Craignant un refus, le ministre prit un ton, sinon suppliant, au moins engageant et persuasif, dans la lettre particulière qu’il adressait aux prélats pour leur faire réunir les assemblées provinciales. Il se gardait d’y indiquer à l’avance la somme qu’il espérait obtenir. Il se borna à signaler les besoins de l’état en des termes qui pussent toucher un ordre auquel le roi avait récemment fait sentir sa protection particulière. L’assemblée pensa qu’elle ne pouvait sans ingratitude rester sourde à un si pressant appel. Elle délia avec assez de bonne grâce les cordons de sa bourse. La générosité dont elle fit preuve encouragea le gouvernement à augmenter ses exigences, et une nouvelle assemblée ayant eu lieu, il demanda un subside d’un chiffre assez considérable et l’obtint. C’étaient là sans doute pour le clergé de lourds sacrifices à s’imposer, mais s’il payait de fortes sommes, il n’en demeurait pas moins le maître de ses finances. Il sentait la pression du gouvernement, il y cédait pour ne point rompre avec lui ; mais il n’en avait pas moins la conscience qu’il aurait pu lui refuser. Il se réservait la possibilité d’abaisser le chiffre des sommes réclamées. Bref, s’il tolérait quelques infractions à ses immunités temporelles, il maintenait intacte l’une des plus précieuses, celle d’interdire au fisc l’entrée de son patrimoine, le droit de lui donner comme à un fils exigeant et quelque peu prodigue, non comme à un maître