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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/65

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jacobins opportunistes sont dans l’état comme dans une propriété conquise dont on défend l’entrée à tout venant, et où l’on aimerait à se reposer, si l’on n’avait un incommode voisin qui vous crie aux oreilles que vous n’êtes pas là pour dormir.

C’est là, en effet, la plus grosse difficulté de la politique opportuniste. Ce serait mal comprendre le jacobinisme actuel que de le réduire à cette politique de conservation personnelle dont nous avons rappelé le programme. Il y a un jacobinisme vraiment radical qui veut bien qu’on fasse les choses à propos, mais qui entend qu’on les fasse sérieusement et selon un programme complet de réforme politique et sociale. Aller plus vite serait plus dans son tempérament : il ferait volontiers table rase de bien des institutions dont s’accommodent nos gouvernans. Mais il comprend qu’avant tout il faut réussir, et pourvu qu’on ne s’arrête pas dans la voie des destructions nécessaires, il accorde pour le moment crédit à la politique qui prend pour règle de conduite l’opportunité en toute chose. Seulement, comme il trouve que les hommes qui tiennent le pouvoir sont trop disposés à ne faire que ce qui est strictement indispensable pour le conserver, il montre des impatiences et des exigences qui ne laissent pas d’inquiéter, parfois même d’agacer nos gouvernans. Il voit avec plaisir qu’on s’attaque à tout, au clergé, à la magistrature, aux diverses administrations du pays, qu’on foule aux pieds le régime parlementaire qui n’est point de son goût, qu’on travaille à faire de la constitution une lettre morte par la manière dont on traite le sénat. Mais tout cela est loin de lui suffire, et il n’y voit que la préface d’une œuvre tout autrement révolutionnaire. Sur toutes les questions mises à l’ordre du jour, et résolues ou en voie de l’être par le ministère actuel, il a des solutions autrement radicales.

Ainsi, sur la question de l’amnistie, le parti des jacobins radicaux n’a jamais voulu entendre parler de grâce. Il lui a fallu l’amnistie, l’amnistie plénière. Déjà il avait arraché l’amnistie partielle à la faiblesse du cabinet Waddington. Cela ne lui suffisait point. Et quand il réclamait à grands cris l’amnistie plénière, ce n’était point seulement pour en finir avec les souvenirs de la guerre civile et de la commune, comme le veulent nos jacobins politiques ; c’était pour une tout autre raison. L’amnistie n’est, pour lui, ni une question d’humanité, ni une question d’opportunité ; c’est une question de justice. La commune avait sa raison d’être, à son sens, et dans cette affreuse lutte, où le droit de la force a prévalu, il ne voit que des combattans, des vainqueurs et des vaincus. S’il ne réserve pas toutes ses sympathies pour ces derniers, comme les insensés qui veulent relever le drapeau de la commune, il reconnaît que tous les torts,