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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/643

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part, n’exigèrent plus des évêques qui devaient être préconisés la formalité imposée aux signataires de 1682 [1].


II

Les assemblées du clergé qui suivirent celle où se produisit la fameuse déclaration rentrèrent dans la ligne de prudence dont on s’était écarté par ce manifeste. Elles évitèrent de revenir sur une question brûlante. Tout en renchérissant de protestations de dévoûment envers le roi, elles tinrent à resserrer leur union spirituelle avec le saint-siège. La harangue que prononça à l’assemblée de 1690 l’archevêque de Paris est un curieux spécimen du langage qu’inspirait cette double préoccupation. De Harlay, qui prenait pour la septième fois la parole au nom de l’assemblée générale du clergé, ne trouva que des sujets de pompeux éloges dans tout ce qu’avait fait le monarque. A la fin de la même session, dans le discours de clôture où jadis on avait fait entendre des conseils sévères et des plaintes, l’évêque de Laon, J. d’Estrées, s’écriait : « Aujourd’hui, sire, que nous vivons sous un roi plus respectable par la supériorité de son génie que par la dignité et l’éclat qui environnent son auguste personne, qui, par la multiplicité des dons que Dieu a mis en lui a seul de quoi faire le bonheur de tous les ordres de son royaume, nous avons nous-mêmes appris à changer de langage. Les actions de grâces prennent la place des remontrances, les justes éloges effacent pour jamais le nom de plaintes et une confiance sûre et tranquille nous décharge désormais du soin de faire des demandes et même de former des désirs. » Ces paroles dispensaient la compagnie de rien demander au roi. Il n’était plus question, comme on le voit, de doléances. Le clergé semblait n’avoir plus qu’à faire acte d’humilité et d’amour devant le souverain. Sans accepter envers le saint-père une si plate servitude, les assemblées se gardèrent d’en contrarier les décisions dogmatiques, et en ce qui regardait les doctrines théologiques, leurs décisions ne furent qu’une approbation des sentences du saint-siège. Ainsi en agirent-elles dans les affaires du molinisme et du jansénisme, pour la censure du livre des Maximes des saints de Fénelon. Dans l’interminable controverse soulevée par la bulle Unigenitus, leur condescendance pour le souverain pontife fut un témoignage plus manifeste de la déférence de l’épiscopat aux volontés d’un monarque devenu plus soumis au pape, en devenant plus dévot. Mais dans son acquiescement aux décisions de Rome, le clergé entendait toujours

  1. L’abbé de Saint-Aignan, qui avait défendu dans une thèse les quatre articles, finit par obtenir ses bulles comme évêque de Beauvais sans présenter de rétractation.