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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/642

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1682 ; il essaya d’obtenir une sorte de rétractation de l’archevêque de Paris, Fr. de Harlay, par la perspective du chapeau de cardinal. Quoique celui-ci l’ambitionnât, il se respecta assez pour ne point donner un démenti à la conduite qu’il avait tenue, et plus tard, en butte aux ressentimens de Mme de Maintenon, dont il n’avait point voulu servir les projets, il tomba dans la disgrâce de Louis XIV et mourut presque abandonné. Dans ce rapprochement du monarque avec le saint-siège, la célèbre marquise eut sa bonne part. Le pape s’en était ménagé l’appui et lui avait envoyé par son camérier Trevisani, qui apportait la barrette au cardinal de Forbin, une lettre où il lui demandait d’agir près du roi. La démarche produisit son effet, mais Alexandre VIII ne vécut pas assez pour en recueillir les fruits. Innocent XII entra plus franchement dans la voie de la conciliation, tout en continuant de repousser les principes de l’assemblée de 1682 et de refuser les bulles aux évêques qui y avaient siégé et ne s’étaient point rétractés. Bon nombre de membres de l’épiscopat français encourageaient le souverain pontife à ne pas céder sur ce point. Louis XIV, ne pouvant rien arracher, finit par abandonner ceux qui l’avaient servi ; il souscrivit aux conditions que mettait le pape à la préconisation des évêques nommés. Pour obtenir leur confirmation, les évêques durent signer un formulaire qui était une rétractation. Ainsi Rome eut le dessus, mais ce fut là une victoire où le vainqueur, resté simplement maître du champ de bataille, ne put poursuivre l’ennemi. Si Louis XIV se soumit aux exigences du pape afin d’avoir ses évêques, il n’abrogea pas pour cela les édits qu’il avait rendus ; il se borna à désavouer l’édit du 22 mars 1682, dans une lettre qu’il adressa au saint-père et où il protesta de l’attachement qu’il lui portait. Louis XIV, ainsi qu’il le rappela en 1713 dans une lettre au cardinal de la Trémoille, n’alla pas plus loin ; il laissa aux évêques la liberté de soutenir des principes auxquels il donnait en secret son adhésion, et le haut clergé suivit un peu l’exemple du maître. Les évêques ne voulurent pas se brouiller avec le pape, surtout ceux qui n’avaient point obtenu leurs bulles, et on les vit accourir en foule chez le nonce pour signer le formulaire. Mais les ministres, le parlement, n’imitèrent pas cette défection ; ils demeurèrent fermes dans des principes qui leur semblaient la garantie de l’indépendance du pouvoir civil envers le saint-siège. Comme aucun acte solennel n’était venu abroger la déclaration de 1682, celle-ci continua à être regardée par la magistrature et une grande partie du clergé français comme la base des rapports de l’état et de l’église gallicane avec Rome. Les quatre articles continuèrent à rencontrer de publics et décidés défenseurs, et les papes, qui redoutaient qu’un schisme ne fût la conséquence de prétentions excessives de leur