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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 40.djvu/64

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voit ce parti mettre partout la politique, même dans les administrations qui la comportent le moins, comme la magistrature, l’université et l’armée ? En tout cas, un ministre des finances de la vieille école n’eût point consenti à grever le trésor public de nouvelles charges, et Thiers eût bondi à la seule annonce de pareils projets.


IV

Nous savons qu’on pare de noms avantageux et de raisons spécieuses cette politique sans idéal, sans doctrine, sans autre but que la conquête et la conservation du pouvoir, sans autre plan de conduite que de saisir toutes les occasions de réclame pour la popularité du parti qui la pratique. On nous dit que la politique des grands principes et des grands desseins est fort belle, mais qu’il s’agit avant tout de se bien rendre compte de ce que pense et de ce que veut le pays, de ce que le gouvernement de la république peut ou ne peut pas supporter pour le moment. Il y a bien des choses qu’on aimerait à faire tout de suite, mais qu’il faut réserver pour le jour où la république n’aura plus à craindre pour son existence ; car c’est là le mot dont un use et abuse à tout propos. On se flatte d’avoir une politique pratique pour laquelle on a inventé un barbarisme qui trouvera sa place un jour dans le dictionnaire de l’Académie. On a bien raison de célébrer la politique de mesure et d’à-propos ; mais il vaudrait mieux encore la pratiquer. Elle a été la politique de tous les vrais hommes d’état. Sans parler des grands politiques dont l’histoire a conservé les noms, de nos jours Cavour, Bismarck et Thiers ont excellé dans cet art. Ils avaient, les deux premiers, la politique des grands desseins, le troisième celle du bon sens et du patriotisme. Ils surent profiter des occasions pour atteindre le but défini. Parfois même ils ont su les faire naître, Cavour et Bismarck surtout. La politique que nous venons de montrer dans ses actes a-t-elle rien qui ressemble à celle-là ? A voir se produire tant de décrets inutiles à la chose publique, tant de mesures contre les personnes et si peu de réformes touchant aux choses, on est conduit à se demander si le parti qui gouverne en ce moment a un autre souci que de changer simplement le personnel de nos administrations. Où voit-on une politique de progrès dans cette initiative passionnée de nos députés qui touche à tout ? n’est-ce pas surtout l’intérêt électoral qui la provoque et l’inspire ? Vraiment on a tort d’accuser la politique qui domine d’être révolutionnaire. On ne peut dire qu’elle soit conservatrice, dans le bon sens du mot, puisqu’elle trouble et agite le pays ; mais il faut reconnaître que, sauf le personnel, elle tient plus à conserver qu’à changer. Nos